Les studios hollywoodiens sont de grosses machines qui entrent parfois en collision les unes aux autres, et il arrive que deux studios produisent un film en même temps sur le même sujet.  L’erreur s’est produite plus tôt cette année chez nos cousins français avec leurs deux versions de la Guerre des boutons, et cet été, pareil phénomène se produit à Hollywood avec les deux versions du conte de Blanche Neige.  Même si nous avions deux fois plus de chances de bénéficier d’une bonne adaptation, après la navrante version de Mirror, Mirror, Snow White and the Huntsman parvient à peine à sauver le conte.

Avec une histoire aussi modifiée, Snow White and the Huntsman s’éloigne considérablement de la version rose bonbon que nous connaissions du classique de Disney.  On nous présente plutôt une Blanche Neige (Kristen Stewart) plus courageuse et volontaire qu’elle ne l’a jamais été, entourée d’une méchante belle-mère (Charlize Theron) qui est davantage sorcière que pimbêche jalouse, et d’un ami d’enfance (Sam Claflin, qu’on a brièvement vu dans le dernier Pirates of the Carribeans) prêt à tout pour secourir la jeune princesse.  Ajoutez à la sauce un Chris Hemsworth qui endosse le rôle qu’on lui connaît déjà parfaitement, à savoir celui d’un rustre homme fort au cœur tendre, et vous avez tous les ingrédients pour faire de ce film un blockbuster estival efficace à faire courir les foules.

L’ennui, c’est qu’excepté la grande qualité des décors et des effets spéciaux, Snow White and the Huntsman semble bâclé.  Bourré d’erreurs rudimentaires, le film est rempli de faux raccords, de raccourcis et de revirements de situations tous plus invraisemblables les uns que les autres.  Exemples ?  Une des premières scènes nous dévoile une dévote Blanche Neige occupée à prier pour son sort.  Cependant, il est absolument ridicule que, dans un monde peuplé de magie et de trolls semblable à celui qu’on nous présente, la jeune princesse soit catholique et nous récite un irréprochable Notre Père.  Ok, Jésus aurait-t-il vraiment vécu dans le « Nazareth » du monde de cette Blanche Neige ?  N’aurait-on pas pu plutôt inventer une prière, un dieu, ou tout simplement couper cette séquence si peu utile ?  Également, les maquillages sentent le clinquant hollywoodien à plein nez, avec une tribu de femmes habitant la forêt dont les membres trouvent le moyen d’abuser substantiellement du crayon Khôl.  Et comment se fait-il que Blanche Neige porte des skinny pants médiévaux sous sa robe, en cas de besoin si jamais elle décide de traverser une antipathique forêt ensorcelée ?

Après un trop long prologue qui ne peut que nous rappeler celui du Seigneur des Anneaux, on nous guide à travers l’histoire qui tient d’un scénario allant dans tous les sens.  Snow White and the Huntsman ne parvient jamais à trouver son rythme, tantôt s’étirant en longueur et tantôt enchaînant les péripéties à la vitesse grand V.  Les quelques notes d’humour ratent complètement leur cible et sont, sans aucune surprise, amenées par les nains qui servent encore une fois de faire-valoir et de prétexte comiques. Les quelques clins d’œil à la version de Disney font, quant à eux, parfois sourire, mais souvent grincer des dents.

Kristen Stewart reprend dans ce film son rôle de l’amorphe et inintéressante Bella.  Heu, non, attendez…  Pas exactement, mais du moins le croit-elle car elle récupère ici exactement les mêmes mimiques et la même forme de « jeu » que nous avons tant détesté par le passé.  Charlize Theron, quant à elle, parvient la plupart du temps à tenir les autres acteurs à distance avec la force de son jeu, ce dernier se ternissant malheureusement par de ridicules séquences d’hystéries qui tranchent nettement avec la retenue et l’autorité dont elle fait preuve dans les autres scènes.  Elle prouve néanmoins qu’elle possède un grand talent qui parvient à la faire étinceler même dans une production à l’étoile aussi pâle.

D’accord, assez de ces commentaires négatifs, passons maintenant à ce qui est réussi dans ce film, parce qu’il en demeure tout de même quelques points forts.  Rupert Sanders, qui en est ici à son premier long métrage, est un réalisateur britannique qui œuvre normalement  dans le domaine des publicités et des courts métrages.  Il prouve dans son Snow White and the Huntsman qu’il possède le talent de créer de magnifiques images et qu’il maîtrise excessivement bien la caméra en fignolant chaque image qu’il compose.  Appuyée à une impeccable direction artistique, cette version de ce conte classique évolue dans de sublimes décors prenant place dans une attirante atmosphère glauque et sombre.  La très réussie forêt enchantée regorge de fascinantes créatures ensorcelées que rendent très bien les effets spéciaux.  De nombreuses  idées originales sont utilisées, notamment la forme du miroir magique et la nature de l’armée de la reine.  Finalement, les costumes, en particulier ceux de la reine, sont tant ahurissants qu’imaginatifs.

Avec cette adaptation plus qu’inégale, Saunders ne réussira sans doute pas à laisser de trace dans le vaste rayon des adaptations cinématographiques des contes classiques.  Trop souvent sans nuances et ridicule, ce film ne peut être sauvé que par ses costumes, décors et effets spéciaux, si beaux soient-ils.  Snow White and the Huntsman semble avoir oublié ce qui importe le plus au cinéma : un scénario.

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