Le premier long métrage du sympathique et volubile réalisateur Clay Jeter lança la portion Découverte du festival, ce soir, dans la magnifique (mais un peu fraîche) salle de l’Auberge Saint-Antoine. Jess + Moss sera présenté encore deux fois, durant le FCVQ. Vous avez encore la chance de voir ce petit bijou de film.

J’essaie de vous en convaincre. Là.

Jess + Moss est un film indépendant au sens le plus pur du terme. Une minuscule équipe ­ — souvent : le réalisateur, caméra en main, et les deux acteurs qui, à tour de rôle, manient la perche. Un minuscule budget, familial. De la pellicule (parfois) expirée depuis trente ans. Mais une petite équipe, c’est tissé serré, c’est intime. Un petit budget, ça montre l’essentiel. De la pellicule expirée, ça angoisse. Mais c’est la texture, le grain, l’hétérogène, le particulier.

Dès les premières images, on m’a eue. Par les ruines. Une maison — celle de la grand-mère de Jeter — laissée à l’abandon depuis plus de dix ans. Meublée. Par les feuilles, les vignes, oui, mais par une histoire et une chaise en plastique, pour la table des enfants. Des silos rouillés sur lesquels on grimpe sans se soucier de tomber. Une carcasse de voiture sur laquelle on lance des roches. Une grange rouge dont la porte grince fort quand on se bat pour en sortir. Des ruines, comme des souvenirs d’enfance dans lesquels on vit. Ceux qu’on revisite tellement qu’ils finissent par s’évader dans l’intemporel. L’onirisme prend la place du réel. Des souvenirs-écrans.

J’ai cru regarder mon livre favori.

Des artefacts. La mémoire, par petits bouts. Des gros plans. Des parcelles. Comme regardée au microscope. La mémoire, un cabinet de curiosités. Des bocaux plein de mousse verte que l’on retrouve et contemple. Leur ouverture, une longue-vue.

Moss consigne sans cesse, sur son enregistreuse portative, des conversations. Des monologues. Il joue et rejoue ces mots pour ne pas oublier. Jeter se prend pour Moss — ou Moss pour Jeter? — et nous montre des images. Encore. Et nous fait entendre les voix. Encore. Sur d’autres images. Et elles reculent, et elles avancent. Nous font revisiter l’été, le lac, le vent dans les cheveux de Jess, le foin, le vélo rose, la valise jaune. Les secrets. Les images sont rythmées par ces cassettes sur lesquelles on écrit gauchement 7 minutes of heaven.

Plus que sept minutes de paradis, quatre-vingt-trois.