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C’est dans une ville qui vibre au rythme de son festival international de film que j’ai eu le plaisir d’être invité en tant que jury FIPRESCI (Fédération internationale de la presse cinématographique). Déjà, en sortant de la gare de train Centraal Station, les couleurs du IFFR s’affichaient. Rotterdam est une ville à l’image de sa gare centrale : moderne et audacieuse. Ravagée pendant la 2e Guerre Mondiale, la ville fut complètement reconstruite et il ne reste pratiquement plus rien des monuments d’antan, ce qui l’oppose notamment à Amsterdam. Ville d’architecture, elle est néanmoins pensée à échelle humaine et il est aisé d’y circuler à pied, en métro, en tram ou à vélo, bien entendu. Le tigre se retrouve partout dans les rues et les commerces, symbole de l’envergure du festival, mais aussi de la fierté qu’ont les gens de la ville envers leur festival. Car le public est au rendez-vous : la plupart des projections sont à pleine capacité. L’organisation du festival est irréprochable : de l’horaire des projections aux événements organisés pour le public ou l’industrie, tout est magnifiquement orchestré. Après tout, le festival célèbre cette année ses 46 ans d’existence.

Les films présentés en première mondiale dans la catégorie Bright Future, qui se concentre sur les premiers ou seconds longs métrages, sont ceux que les membres de notre jury international – provenant des Pays-Bas, de l’Espagne, de la Russie, de l’Argentine et du Canada – devaient juger. La large sélection rend la tâche particulièrement délicate, car les genres et les styles s’avèrent fortement hétéroclites. Documentaires, fictions, œuvres à la limite de l’abstraction ou une combinaison de ces éléments : la sélection est vaste. Si certains films n’ont pas du tout retenu mon attention, d’autres au contraire m’ont touché, ou à tout le moins intrigué. Notons au passage le superbe Pela Janela de Caroline Leone (lauréat du prix FIPRESCI), l’électrisant documentaire Bamseom Pirates Seoul Inferno de Jung Yoonsuk, l’intrigant A Brief Excursion d’Igor Bezinović ou le fougueux Corpo Elétrico de Marcelo Caetano. Je n’ai peut-être pas eu un coup de cœur qui a redéfini ma perception du cinéma, mais j’ai franchement apprécié une poignée d’œuvres. Certaines témoignent déjà d’une signature personnelle qui annonce une carrière prometteuse. D’autres, au contraire, manquent de tonus ou consistent en de piètres émules des grands maîtres. Des huit films en compétition pour le prestigieux Hivos Tiger Award – accompagné d’une non moins appréciable bourse de 40 000 Euros – Sexy Durga de Sanal Kumar Sasidharan sort vainqueur avec une oeuvre qui a suscité des réactions mixtes chez les critiques et le public. En dehors des films de ma sélection, je suis parvenu, ici et là, à voir le dernier film d’Alain Guiraudie, Rester Vertical, qui s’avère délicieusement tordu et admirablement absurde. J’en ai aussi profité pour découvrir Bonello et son très ambitieux Nocturama ainsi que le dernier film de Mike Mills, présenté en clôture. Notons aussi les classes de maître avec Béla Tarr, Olivier Assayas et Barry Jenkins qui ont suscité un grand engouement.

Grâce aux nombreux événements organisés pour créer des contacts avec les gens de l’industrie, j’ai eu le plaisir de prendre un verre en compagnie de Sophie Goyette et Chloé Robichaud, toutes deux en compétition, respectivement avec Mes nuits feront écho et Pays. Si je n’ai malheureusement pas encore pu voir Pays, le premier long métrage de Sophie Goyette s’avère une œuvre tout à fait ouverte et rafraichissante qui a suscité maintes interprétations lors du Q&A. Elle est, de plus, la première canadienne à remporter le prix Impact Cinema Bright Future Award. Il est à noter que Karl Lemieux a aussi présenté son film Maudite Poutine, auquel je n’ai pas pu assister, mais qui était à guichets fermés. Bravo à nos réalisatrices et réalisateurs à Rotterdam, dont on pourra revoir les œuvres sur grand écran lors des prochains RVCQ !

Maxime Labrecque est doctorant et chargé de cours au département d’études cinématographiques de l’Université de Montréal. Ses recherches portent principalement sur le phénomène du film choral, dans une perspective interdisciplinaire. Il est membre de l’AQCC et rédacteur pour la revue Séquences et Le Quatre Trois depuis quelques années. En 2015, il a été membre du jury au Festival du Nouveau Cinéma et à Fantasia

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