10. Francofonia (Aleksandr Sokurov, FRA)

francofonia

Je suis toujours surpris de voir Francofonia décrit en tant que documentaire. Même le terme « essai » semble trop généreux. Francofonia est plutôt un film qui se construit à mesure qu’il avance, qui cherche à trouver un sens à travers tout le matériel recherché et accumulé, entre appels vidéo, films d’archives, reconstitutions d’époque, œuvres originales et réel fantasmagoré. Sokurov nous avait déjà habitué, dans L’Arche Russe, à parcourir un univers beaucoup plus grand que nous; avec Francofonia, les repères matériels sont maintenant dissipés.

9. Sully (Clint Eastwood, USA)

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Il n’y a pas de héros dans les films de Clint Eastwood. Entre l’admiration démesurée des uns et le scepticisme des autres, les protagonistes d’Eastwood manquent la fierté et l’ambition qu’on leur prête. Ils ne sont que de simples hommes, ayant commis une simple action aux conséquences démesurées. Dans Sully, le personnage et l’évènement (l’atterrissage d’urgence dans la rivière Hudson) se retrouvent décuplés, manipulés par les médias, les simulations, les souvenirs et les cauchemars.

8. The Big Short (Adam McKay, USA)

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Qui aurait cru que le réalisateur d’Anchorman et de Talladega Nights nous donnerait un des films politiques américains les plus révoltés des dernières années? The Big Short est le film que David O. Russell tente désespérément de faire, dans les traces de Martin Scorsese. La société du spectacle, découlant de mille et une vidéos YouTube, est retournée en outil d’enseignement économique. Et pourtant, The Big Short refuse le je-m’en-foutisme cynique du Wolf of Wall Street, et découvre l’étendue du gâchis avec furieuse incrédulité. Comme quoi le comédien, dépassé par le ridicule, ne peut plus se permettre d’être un simple clown.

7. Aquarius (Kieber Mendonça Filho, BRA)

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Difficile d’expliquer le succès d’Aquarius sur une seule chose en particulier. C’est parce que chaque élément du film, chaque personnage, chaque lieu, chaque objet témoigne de soi-même et débouche immanquablement vers un autre, au-delà d’un simple programme politique ou cinématographique préétabli. Il parcourt les gens et les points de vue sans s’y vautrer, pour évoquer le passé, les souvenirs, le rêve, puis la résistance.

6. Juste la fin du monde (Xavier Dolan, CAN)

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Un jour, je l’espère, lorsque la tempête médiatique sera passée, on pourra enfin regarder le cinéma de Xavier Dolan en paix, sans être forcé entre deux camps diamétralement opposés. Hollywood va sûrement mettre de l’huile sur le feu, mais entre-temps, le cinéaste nous a partagé un film étrangement honnête et vulnérable, à l’écart de ses typiques envolées musicales et stylistiques. Ce n’est pas le film de Xavier Dolan que tout le monde voulait, mais c’est celui dont il avait besoin.

5. Ma Loute (Bruno Dumont, FRA)

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Ma Loute est un film où tout le monde tombe sur son derrière, et qui ne cesse d’être drôle; où la posture de chaque personnage évoque à la fois rires et fascination. On ne sait pas s’il s’agit d’un miracle ou d’une anomalie. Bruno Dumont continue ainsi son périple d’autoparodie, éclatant ses thèmes glauques à travers le ridicule et le grandiose. Si l’on regrette par moment le caractère spontané et économe du P’tit Quinquin face à une production de cette ampleur, on ne peut qu’être emporté par le burlesque total qui s’insère dans chaque composante du film.

4. The Neon Demon (Nicolas Wending Refn, USA)

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Jouons cartes sur table : la force de Nicolas Wending Refn n’est pas l’originalité – ça ne l’a jamais été – mais l’hyperbole. Il ne trace pas de nouveaux chemins autant qu’il continue là où plusieurs auraient déjà arrêté. Avec The Neon Demon, Refn réussit le passage qu’il avait entrepris avec Only God Forgives, tronquant le minimalisme pour l’excès. Plus qu’un film d’horreur classique, il s’agit surtout d’un film-cauchemar, les symboles et figures se décuplant et s’entremêlant sans cesse. Une nouvelle version d’Alice au Pays des merveilles, l’imagerie du monde de la mode poussée jusqu’à leurs extrêmes. Pour toutes les œuvres qui se revendiquent comme dérangeantes avec leurs petits scandales, rares sont celles qui méritent cette appellation.

3. Elle (Paul Verhoeven, FRA)

elle

On avait déjà été habitué au cinéma de Paul Verhoeven, à cette capacité de retourner des concepts plutôt ridicules en des œuvres intelligentes et subversives. Mais Elle? Personne n’aurait pu imaginer un retour aussi gracieux et explosif de l’auteur damné, cette lettre d’amour à Hitchcock qui met en relief tous les éléments malsains et tordus des deux réalisateurs, contrecarrés par une satire calibrée à une Europe bien élevée. Mais il ne faudrait surtout pas oublier Isabelle Huppert, partenaire de jeu parfaite de Verhoeven, qui porte le film sans peur et sans reproche et confirme sa place comme une des plus grandes actrices de notre génération.

2. Mia Madre (Nanni Moretti, ITA)

miamadre

Le syndrome de l’imposteur continue encore et toujours de suivre les protagonistes du cinéma de Moretti. Il ne s’agit point de malice de leur part, simplement leur vision du monde se retrouve complètement bouleversée par l’angoisse ou la mort. Toutes les bases doivent être reformulées, l’identité doit être retrouvée, étape par étape – pas surprenant que Nanni Moretti soit devenu un des plus grands théoriciens du cinéma moderne. Si Mia Madre retrouve les questionnements de ses films antérieurs, on sent l’entreprise beaucoup plus sentie et émouvante, comme si le but de Moretti était ici de sauver le passé, ces moments perdus et ces chemins abandonnés, dans l’espoir d’un meilleur futur. « Qu’est-ce que tu regardes, maman? » « L’avenir. »

1. Toni Erdmann (Maren Abe, ALL)

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Il est impossible d’expliquer ou d’exprimer la grandeur de Toni Erdmann en quelques lignes. C’est une grande joie de voir un film qui, en ces temps incertains, redonne à l’humour et au burlesque sa mission humaniste, qui renouvelle avec la tradition des grands comiques du cinéma classique, échappant au cynisme et à la facilité. Toni Erdmann est porteur d’espoir et de beauté, il nous fait rire aux larmes avec grande sincérité. Ainsi, quelle belle coïncidence, que Mia Madre et Toni Erdmann se terminent de la même manière; son protagoniste observant au point au loin, un nouveau possible dans le hors-champ…

Vincent étudie à l’Université de Montréal après avoir survécu à la banlieue de Québec, non sans séquelles. S’il est fou, il est fier de l’être.

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