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En 40 ans tapants, la saga Star Wars est passée des mains de George Lucas, jeune rebelle impétueux cognant sans succès aux portes des majors américains, à celles des pontes de l’Empire Disney, autorité hégémonique en matière de divertissement, qui a produit à elle seule les cinq films les plus lucratifs de 2016 (en plus de celui-ci : Captain America: Civil War, Finding Dory, Zootopia et The Jungle Book). Avec Rogue One: A Star Wars Story, premier film d’anthologie dérivant de l’ennéalogie en cours, cette transition s’accomplit, telle une prophétie, dans la triste concrétisation d’une signature impersonnelle. L’univers qui a fait rêver des millions d’enfants se régénère aujourd’hui en fonction des désirs de ses fans les plus ardents (les vieillissants), au point de recréer en images de synthèse – quelle aberration! – une actrice dans sa jeunesse ou un acteur décédé depuis bientôt 25 ans.

Rogue One détaille les opérations de la Rébellion, qui apprend la construction de l’Étoile noire par l’Empire, capable de rayer des cartes galactiques des planètes entières, et qui cherchera à mettre la patte sur ses plans qui contiendraient une faille qui faciliterait grandement sa destruction. Les initiés auront compris qu’il s’agit là du point d’amorce de l’intrigue de A New Hope, nous savons tous que ces plans essentiels aboutiront dans les circuits mémoriels de R2-D2.

Jyn Erso (Felicity Jones) sera appelée à contacter son père qu’elle n’a pas vu depuis des années (Mads Mikkelsen), captif de l’Empire et architecte de la dernière invention maléfique de l’Empire. La jeune femme sera aidée dans sa quête par une bande de hors-la-loi, parmi lesquels le rebelle Cassian Andor (Diego Luna), Chirrut Îmwe (Donnie Yen), moine aveugle sensible à la Force et l’androïde K-2SO. À leurs trousses, Orson Krennic (Ben Mendelsohn), instigateur de l’Étoile de la mort.

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Qu’est-ce qui motivait la production de Rogue One, sinon ce désir obsessif quant il est question de Star Wars de retourner chaque pierre méticuleusement, de tout comprendre et mettre en contexte, alors que l’on sait depuis longtemps que le livre de contes s’est transformé en une encyclopédie exhaustive jusqu’à l’abrutissement?

Nonobstant une mise en scène habile de Gareth Edwards (la dernière refonte américaine de Godzilla), particulièrement lors des scènes d’affrontement du dernier tiers, Rogue One manque de souffle et d’envolées opératiques, d’humour et d’arcs narratifs clairs. Aucun membre du commando de fortune qui prête main-forte à Jyn n’a le charisme d’un Dutch ou d’un Blain, pour se référer aux mercenaires du Predator de John McTiernan, et plusieurs occasions de donner à peu de frais de l’épaisseur à l’intrigue sont carrément manquées (l’amitié trahie entre Galen Erso et Orson Krennic, la relation conflictuelle animant Jyn et Cassian). Même l’allégorie politique est à peine explorée, les méthodes de guérilla d’une frange plus extrémiste de la Rébellion jamais définies, la menace fasciste sous-exploitée. Les méchants deviennent des symboles reconnus que par référents, les bons des avatars préprogrammés. Pour un récit sensément plus sombre et adulte, on a l’impression d’être laissé en plan.

Rogue One est un film de guerre plus obnubilé par les explosions qu’il déclenche que par les personnages qu’il oppose. Fruit d’une intelligence artificielle qui essaie tant bien que mal de récréer l’image qu’une multitude lui reflète, il omet la substantifique moelle qui justifie sa création.

Jason Béliveau

Jason Béliveau est directeur de la programmation pour l’organisme de diffusion d’événements cinématographiques Antitube à Québec. Membre de l’Association québécoise des critiques de cinéma, il est rédacteur en chef du Quatre trois depuis sa création en 2011. Il écrit également pour Spirale et participe à l’émission de radio Situation critique sur les ondes de CKRL.