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4 etoiles

En 1942, Desmond Doss s’engage dans l’armée afin de contribuer à l’effort de guerre américain. Adventiste du septième jour, il refuse de porter une arme ou de tuer au combat en raison de ses convictions religieuses. Il désire plutôt être affecté à un poste d’infirmier secouriste. Ses choix insolites et son front d’airain laissent son entourage confus, dubitatif, puis hostile. L’amertume de son père, vétéran de la Grande Guerre, lui oppose d’abord résistance; l’ennemi n’aura jamais pitié de lui, et la guerre ne s’adaptera pas à son code moral. Ses compagnons d’infanterie voient en son combat lâcheté et faiblesse de caractère; sans arme, comment pourra t’il les épauler? Sera-t-il digne de confiance sur un champ de bataille? L’auditoire est bien tenté de leur donner raison. Les officiers de Doss partagent le doute, et tentent par tous les moyens – persuasifs et coercitifs – d’éprouver son désir d’être envoyé au front. Finalement mobilisé à Okinawa, il fait face à une violence insensée, mais contribue tout de même à sauver 70 de ses camarades. Il s’agit d’une histoire vécue, rendue avec grande sensibilité par le réalisateur Mel Gibson.

La trajectoire de Doss est fascinante. Le récit se développant, chaque dilemme posé par ses convictions est déchirant. Alors que les enjeux s’élèvent, la résolution de Doss s’épaissit. Bien que la première partie du film s’attarde à ses origines, c’est plutôt dans la deuxième moitié, sanglante et cruelle, que le portrait de Doss est esquissé avec suffisamment de détail. Les explosions subites, les giclées de sang et les corps démembrés n’ont rien d’un spectacle grotesque car ils ont une fonction bien précise : celle de nous faire entrevoir la mort, que Doss comprend et embrasse. Construire un héros est un art perdu au cinéma (à moins que ce héros ne soit « super »), peut-être parce que l’esprit du temps nous rend méfiants ou intolérants à la noblesse d’esprit. Pour moi, cet héroïsme est la grande victoire de Hacksaw Ridge.

En dernier lieu, qu’on me permette une courte insurgence. Le passé personnel de Mel Gibson, ainsi que le grand déploiement de la production et sa violence intense ont découragé plusieurs cinéphiles de voir le film – ou de le prendre au sérieux. Mais si l’on cesse pour quelques instants de traiter ce film comme un objet sociologique à catégoriser, on prend l’heureux risque de voir l’histoire de Desmond Doss telle qu’elle est : celle d’un homme qui a choisi de servir son âme avec la même ferveur qu’il servait son pays.

Jeffrey Henry

Jeffrey Henry est doctorant en psychologie. Sa thèse porte sur l’émergence de la personnalité psychopathique à l’enfance. Son parcours académique est tout à fait étranger à son intérêt pour le cinéma et la fiction en général. Ces temps-ci, Jeffrey tente d’aménager raisonnablement les composantes de ce curieux paradoxe.

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