prank

2 etoiles

À mesure que les années passent, l’idée s’impose que Spring Breakers d’Harmony Korine soit peut-être un des plus importants films de la décennie. Un film certes imparfait, offusquant cinéphiles mal avertis et critiques-cavaliers des bonnes mœurs. Il n’en demeure pas moins une capsule temporelle inégalée, relâchant les fantasmes d’une nouvelle (contre-)culture. C’était la tempête parfaite. Et chaque fois qu’une œuvre produit une onde de choc dans le monde cinématographique, nous sommes par la suite condamnés à voir plusieurs prétendants tenter de suivre et échouer à la tâche. Des films comme Bande de filles, American Honey, et plus près de nous Prank.

Ici, pas de chance : pas de détournement, pas de dépassement. Lorsque le groupe ne fait pas de farces, il plonge dans les conversations de mâles alpha, de « vrais hommes » tels qu’imaginés par l’adolescent. C’est une véritable bataille de bites pour prouver sa masculinité dans tout ce qu’elle a de plus relou. Les coups volent bas et restent là. Le scénario tente d’offrir l’autre côté de la médaille, soit une fenêtre dans la vie des victimes de leurs plaisanteries vivants chacun leurs moments difficiles, mais ces capsules s’avèrent tout aussi caricaturales que le reste. On a l’étrange impression de regarder un film qui est à la fois trop écrit – les points pivots flagrants, le fanboyisme des créateurs recraché par Jean-Sé (Simon Pigeon), les quatre scénaristes différents au générique – et pas assez – la structure anecdotique et le montage épisodique sont dignes d’une web-série. Le résultat est un film qui est beaucoup moins dérangeant et décapant qu’il le prétend. On se retrouve plutôt avec une nouvelle version de 1987 de Ricardo Trogi, une variante plus EXTRÊEÊEÊEME! Seul le personnage de Léa (Constance Massicotte), lors d’une séquence de flânage nocturne en plein stationnement, réussit à sortir des cadres établis, pour ensuite redevenir l’objet de désir entre Stefie et Martin dans la scène suivante.

Contrairement à ce que voudrait nous dire Jean-Sé et les scénaristes, c’est l’inconséquence d’un film inoffensif qui ressort le plus de Prank. Peu importe la complexité des farces qu’ils mettent en œuvre, les voilà revenus au point zéro, l’ennui banlieusard, et le cycle reprend jusqu’à ce que démarre le générique. Et à force de regarder toujours les mêmes scènes, les mêmes récits initiatiques, l’ennui s’installe chez nous aussi.

Vincent étudie à l’Université de Montréal après avoir survécu à la banlieue de Québec, non sans séquelles. S’il est fou, il est fier de l’être.