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3 etoiles

Olivier Godin est le dernier héritier du cinéma québécois politique avant-gardiste de la fin des années 60, dans la lignée des Jean Pierre Lefebvre, Gilles Groulx et même André Forcier. Un cinéma inspiré de la Nouvelle Vague qui éclate les conventions idéologiques et esthétiques, qui réussit avec peu de moyens à jouir d’une grande marge de manœuvre. Réduire Godin à un cinéaste « original » serait avoir la mémoire courte, son but étant bien plus grandiose : construire un nouveau folklore québécois, fortement influencé par la poésie bricolée des conteurs, et actualiser ces figures mythiques à la société d’aujourd’hui. Là où plusieurs restent figés, le regard tourné derrière eux, les films d’Olivier Godin font un bond en avant. Et si Les Arts de la parole n’a pas la même force que Nouvelles, Nouvelles, son précédent film, il communique une créativité et une liberté dont Luc Picard et Fred Pellerin ne peuvent que rêver.

Si Nouvelles, Nouvelles était un conte de noël fantaisiste et profondément ancré dans son pays – le personnage principal désillusionné tué par un cinéma faux, une jeune fille amnésique déchirée entre ses aînés, et les nombreuses références géographiques –, Les Arts de la parole rappelle plutôt un roman pulpe poétique. Un justicier du nom de Koroviev (Michael Yaroshevsky), cowboy au cache-œil, imposant et ne s’assoyant jamais, membre de la brigade de policiers-poètes. Une chasse au trésor, pour trouver une bible annotée par le capitaine Pierre Maheu. Godin vise beaucoup plus large, variant ses personnages, ses lieux, ses ambiances. Il complexifie ses thématiques et sa narration, et ses références – sa révérence – aux conteurs sont à la fois plus explicites et plus obscures. Néanmoins, même limité à la beauté du geste ou des lettres, le film émet une étrange fascination.

Les Arts de la parole tronque la pellicule 16 mm, sa texture à la fois brouillonne, romantique et nostalgique, pour une caméra numérique de basse qualité, abordable, en format 4:3. Il est dommage que la production soit un obstacle de plus pour entrer dans l’univers du cinéaste. Mais la véritable déception, c’est qu’Olivier Godin mise si peu sur les forces du matériau. Le rythme du montage est plutôt lent, suivant les personnages sans hâte, ce qui nous laisse un peu trop le temps de déceler les imperfections, les artifices et la noirceur étouffante. Or, les limites de la vidéo ne devraient pas être une fin, mais, au contraire, un nouveau départ. C’est une image qui gagne à être malmenée, expérimentée, manipulée; c’est ce qui distingue un Godard déjanté d’un Wenders méditatif (lire : ennuyeux). C’est justement dans ses expérimentions impressionnistes, ses superpositions au montage que Les Arts de la parole trouve ses meilleurs moments. Que l’on pense à la scène où le visage de Michel Faubert est imprimé au centre des flammes, ou au dialogue entre Korokiev et Coriandre (Jennyfer Desbiens) qui se retrouve décuplé et renversé : c’est dans ces instants que la poésie des mots rejoint celle de la mise en scène.

Car ce qui captive chez Olivier Godin n’est pas autant l’originalité que la légèreté d’un cinéma qui fait fi d’une vision institutionnalisée et préfabriquée, qui saute d’une idée à une autre comme si rien n’était. Voilà la véritable magie des conteurs. Au diable la logique, le beau et le budget! Pour autant qu’on puisse vivre et rêver!

Vincent étudie à l’Université de Montréal après avoir survécu à la banlieue de Québec, non sans séquelles. S’il est fou, il est fier de l’être.