154

1 etoile

Quelle vision apocalyptique Yan England nous sert de l’école secondaire! Dans cette jungle étudiante, il semble n’y avoir qu’un seul professeur, il n’y a aucun gardien de nuit, la direction est aveugle et impuissante, aucun membre du personnel ne sait ce que les élèves font sur Internet (Facebook, Twitter, Instagram). Bref, comme dit Tim (Antoine Olivier Pilon), « soit tu fermes ta gueule, soit tu règles tes problèmes tout seul! ». En ce sens, Tim est le spécimen parfait d’un film de ce genre : nerd, homosexuel inavoué, rival sportif du gars le plus populaire de l’école, avec une mère décédée et un meilleur ami suicidé. Ses assaillants sont tout aussi caricaturaux et manichéens : clichés détachés de n’importe quelle humanité qui tirent l’enjeu vers la fiction sécurisante.

1:54 est rattaché à son créateur que par sa réalisation et son scénario, entièrement basés sur le format des séries télévisuelles dans lesquelles England a fait sa carrière, sauce 30 vies, Vrak ou Skins. Le décor rappelle surtout le collège morbide de 19-2, autre feuilleton sensationnaliste, mais si l’on peut blâmer Podz pour beaucoup de choses, force est d’admettre qu’il est au moins compétent dans son travail. England adopte le même style sans savoir comment placer sa caméra ou comment éclairer une pièce; le film transpire l’amateurisme malgré ses moyens. Sa conclusion de films de salauds, où Tim se prépare à commettre l’irréparable (mais pas l’injustifiable), est seulement déviée à la dernière seconde par un ressort dramatique des plus désespérés. Dans la scène finale, où chacun pleure le martyr, un de ses intimidateurs explique que « c’était juste une blague ». Oui, c’est bien vrai, 1:54 est une blague.

Vincent étudie à l’Université de Montréal après avoir survécu à la banlieue de Québec, non sans séquelles. S’il est fou, il est fier de l’être.