TwoLovers2 etoiles

Difficile d’imaginer que le nouveau film de Kim Nguyen puisse rejoindre le même public que sa fiction précédente. Alors que Rebelle s’inscrivait dans l’exotisme de guerre d’il y a quelques années (Incendies, Inch’ Allah, toute la filmographie de Charles-Olivier Michaud), Two Lovers and a Bear se place en terre proche, le Nord canadien. Ce qui intéresse le réalisateur globe-trotteur comme toujours, ce sont les horizons sauvages qui affichent une grande beauté naturelle, autosuffisante. Mais Nguyen ne réussit à habiter – à être habité – les lieux qu’il filme, et en ressort une mise en scène lisse, impersonnelle. Par exemple, l’ours titulaire. Roman (Dane Dehaan) a plusieurs conversations avec la bête. Oui, c’est un ours qui parle, cependant le réalisateur filme l’évènement sans la magie qui détonne sur le reste ni la légèreté d’un merveilleux quotidien. Il tourne tel un touriste, sans regarder. L’ours n’est qu’un autre objet dans un pêle-mêle d’idées, d’inspirations, de musiques, de traumatismes et de codes de genre, qui ne donnent qu’un amalgame assemblé sans imagination ou finesse. Hélas, il y a peut-être un bon film dans Two Lovers and a Bear, où l’innocence de jeunes tourtereaux se libère dans un monde froid et adulte; ce film est coincé profondément sous la glace.

Vincent étudie à l’Université de Montréal après avoir survécu à la banlieue de Québec, non sans séquelles. S’il est fou, il est fier de l’être.