NitroRush

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Faire une critique de Nitro Rush doit sûrement paraître la chose la plus triviale qui soit. On parle ici d’un film qui, avant même sa sortie en salle, avant même d’être officiellement annoncé, était déjà devenu la punchline de nombreux cinéphiles – et chaque étape subséquente n’a fait que confirmer cette blague. Mais les fautes de Nitro Rush ne sont pas seulement les siennes, mais celles de tout le cinéma d’action québécois. Ce genre qui, malgré les intérêts des distributeurs, producteurs et exploitants de salles, peine encore et toujours à justifier son existence.

S’il suffit de le comparer avec son prédécesseur, alors oui, Nitro Rush est un meilleur film que Nitro. Le film a bel et bien des scènes d’action (on ne peut pas dire la même chose du premier) et a supprimé ses éléments les plus embarrassants; pas de Martin Matte, pas de Babu, pas de bassiste de Simple Plan et pas de voiture Hot Wheels grandeur nature. Mais contrairement à ce qu’on pourrait s’attendre, ici ce n’est pas le ridicule qui tue. Entre chaque scène d’action, le film est frappé de longs et pénibles temps morts où celui-ci essaye désespérément de se légitimer, de se démarquer d’un « cinéma d’action stupide ». Il dégouline d’un ton mélodramatique, terne et rugueux, que ce soit dans les couleurs, les acteurs, la musique, la réalisation ou le scénario sur fond de père absent. On se demande alors : « Mais savent-ils dans quel film ils sont? C’est Nitro Rush! C’est un film d’action perpétuellement coincé dans les années 90, stupide et ridicule. Pourquoi perdent-ils leur temps à essayer de cacher une évidence? » Cette lourdeur ajoutée semblait peut-être une bonne idée dans la tête du réalisateur et de son scénariste, mais ils ne pouvaient pas se tromper davantage.

Ne reste qu’à se rabattre sur les scènes d’action. Seulement, il ne suffit pas d’avoir des scènes d’action pour les réussir. La mise en scène manque cruellement de rythme dans son montage, d’ingéniosité dans ses cadrages, et ce faisant, cache très mal sa production bas de gamme filmée dans des no man’s land. Le climax du film, par exemple, n’arrête pas de tuer son momentum en coupant constamment sur ses personnages comiques et insignifiants. Que l’action, le drame et la comédie se gênent constamment témoigne d’une grave crise d’identité, d’une grande confusion dans le récit, qui se termine avec pas moins de quatre antagonistes différents.

Il existe une place pour un cinéma d’action de qualité au Québec. Cependant, Nitro Rush est incapable de se démarquer, de s’assumer, de faire preuve de créativité ou d’intelligence. On peut bien imaginer les arguments habituels, ceux qui lamenteront que le film aurait pu être bien meilleur s’il avait eu droit à un plus gros budget. À un certain moment, il faut arrêter de se demander quel serait le budget idéal pour faire un bon long-métrage d’action québécois. Plutôt, si on avait toutes les ressources du monde, en serait-on même capables?

Vincent étudie à l’Université de Montréal après avoir survécu à la banlieue de Québec, non sans séquelles. S’il est fou, il est fier de l’être.

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