King Dave

1 etoile

Daniel Grou, dit Podz, est un réalisateur sérieux. C’est un cinéaste qui préconise des sujets lourds, sombres, et si plusieurs autres abordent des thèmes similaires, aucun ne le fait de lgrénière aussi régulière et surtout populaire. Oui, clairement, Daniel Grou est un réalisateur sérieux, c’est-à-dire grave, pas du tout mature ou réfléchi. Quelles sont les images qui nous viennent en tête en considérant son œuvre? C’est l’imbroglio indigeste de Miraculum; c’est le reportage de faits divers le plus long et terne qu’est L’Affaire Dumont; c’est l’hilarante parodie qu’est devenue 19-2, culminant dans cette scène finale où, pour témoigner de la gravité de la situation, on a placé un cadavre flottant dans une piscine et visible dans chaque plan. C’est un réalisme de nouvelles à la LCN, un sensationnalisme dépressionniste, c’est le côté dur et sombre de la société que chaque téléspectateur imagine et désire secrètement. Malgré tout le caractère austère que le cinéaste suggère, tout ce qui nous saute aux yeux est le ridicule de la chose.

King Dave, adaptation de la pièce primée, montée il y a déjà onze ans, reste encore très proche de l’œuvre de son réalisateur. On y retrouve ses sujets de prédilection, ainsi que ses images aux couleurs grisâtres et aux lumières surexposées, style que Podz a imposé et qui pollue depuis les séries télé. L’élément sur lequel le film met toute son emphase ainsi que tout son budget de marketing, c’est son plan-séquence en continu, durant la presque entièreté du long métrage, accompagné en tout lieu par son acteur principal. Un pari séduisant, intrigant, qui place King Dave confortablement dans la lignée des films-gadget, des films à pitch tels Enemy ou Endorphine. Si certains pourront prétendre à un grand geste de Mise-en-scène avec un grand M, le procédé s’avère être une autre démonstration de moyens techniques disponibles à ce type de production, une pure fin en soi. Les notions de temps et d’espace sont donc compressées et réduites jusqu’à perdre toute importance, des façades que parcourt Dave comme un guide dans une exposition de musée, mais il en va de même pour les personnages secondaires. Peu définis ou même présents dans le film, l’existence de ces derniers est écrasée par un personnage-roi monopolisant l’attention du spectateur, sa version des choses surplombant toutes les autres. Certes, quand le comédien joue seul sur une scène vide, on doit nécessairement passer par l’abstraction. Mais quand cette réalité dévient matérielle, de nouveaux enjeux doivent entrer en compte.

Tout dans le film est construit de façon à impressionner le spectateur. « Observez, dit-on, ce long et méticuleux plan de quatre-vingt-dix minutes qui se déplace sans cesse avec nos personnages! » (On peut tout de suite imaginer Podz et des enseignants en cinéma enfonçant son plan-séquence dans la gorge de nombreux étudiants.) « Soyez ébahis, on proclame, par la performance ininterrompue, magistrale de notre acteur principal, disant son texte d’un seul souffle! » Lorsqu’Alexandre Goyette a joué ce rôle pour la première fois, le comédien venait de sortir de l’École de Théâtre du Cégep de Saint-Hyacinthe. Le voir interpréter ce même rôle, plus d’une décennie plus tard, nous confronte à une différence d’âge insurmontable; un homme dans la trentaine qui joue un gars dans la vingtaine qui parle encore comme un adolescent (le texte essaye beaucoup trop d’assimiler le jargon urbain). Même entouré de personnages-accessoires, Dave est incapable de dépasser le cliché dérisoire du « wigger », avec les yeux grands ouverts. L’interaction entre la caméra et le protagoniste est encore une fois problématique, mais pour une tout autre raison. Dave ne nous impose pas seulement sa vision du monde, il nous impose aussi sa présence encombrante. La manière dont le film le suit sans arrêt, la façon de l’acteur de nous adresser directement la parole, avec cette camaraderie décalée qui rappelle annonces de bière et jeux full-motion-video, fait en sorte qu’on ne le quitte jamais. On est coincé avec lui! On ne peut pas partir! Ce tour de force devient à la longue d’irritant et, par moment, insupportable – et pas de la manière dont ses créateurs le souhaiteraient.

Le poids que King Dave se met sur les épaules est matière creuse et gonflée. Sa réalité n’est que caricature, son austérité n’est qu’exagération. 

Vincent étudie à l’Université de Montréal après avoir survécu à la banlieue de Québec, non sans séquelles. S’il est fou, il est fier de l’être.

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