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3 etoiles

Phénomène lors du Festival du film de Sundance en janvier dernier (où il a remporté le Prix de la meilleure réalisation), Swiss Army Man vogue depuis sur sa réputation de film atypique, cela étant principalement redevable à la présence de Daniel Radcliffe dans le rôle d’un macchabée pétomane, découvert face contre sol par un suicidaire, Hank (Paul Dano), perdu depuis belle lurette sur une lilliputienne île du Pacifique. Manny – ainsi est baptisé le cadavre – possède donc le pouvoir particulier, entre autres choses, d’utiliser ses flatulences afin de se propulser sur les flots à la vitesse d’un hors-bord. C’est ainsi, Hank chevauchant Manny comme l’a fait Major Kong sur la bombe atomique dans Dr. Strangelove, que le duo improbable atteint le continent, dans le but précis de retrouver Sarah (Mary Elizabeth Winstead), que l’un et l’autre croient l’élue de son cœur.

Les Daniels (Daniel Schneinert et Daniel Kwan), connus jusqu’ici pour leurs vidéoclips (Turn Down for What de DJ Snake et Lil Jon, c’est eux), pataugent avec Swiss Army Man à mi-chemin entre Gondry et le cinéma nippon plus-déjanté-tu-meurs. Sorte de commentaire un brin bâclé sur l’aliénation et la maladie mentale, le film tient sur les performances de Dano et Radcliffe, ce dernier investi au possible (oh ironie!) dans le rôle d’un cadavre utile comme un couteau suisse, pourvu qu’il ressente quelque chose d’humain (encore mieux si la sensation est de nature sexuelle).

Commentaire bâclé parce qu’il emprunte des chemins piétinés à maintes reprises depuis une quinzaine d’années par le cinéma indépendant à l’américaine. L’accouplement du banal et du grandiose (le héros, souvent un perdant, tente de s’extirper de sa médiocrité et d’accéder à un bonheur sublime) et le patenté ou le virtuel comme réel de fortune, jusqu’aux retrouvailles inévitables avec ce concret fui parce qu’éminemment déprimant, rapprochent le film d’Eternal Sunshine of the Spotless Mind, The Science of Sleep, Being John Malkovich et Her. Difficile de soutenir le jeu des comparaisons avec ces films lorsque le concept à préséance sur le propos. Gavés de culture pop, aux terminaisons nerveuses surexcitées, les Daniels savent brillamment mettre en scène une érection comme système GPS, mais peinent pour l’instant à inscrire leur folie adolescente, autrement la bienvenue, dans une œuvre cohérente.

Jason Béliveau

Jason Béliveau est directeur de la programmation pour l’organisme de diffusion d’événements cinématographiques Antitube à Québec. Membre de l’Association québécoise des critiques de cinéma, il est rédacteur en chef du Quatre trois depuis sa création en 2011. Il écrit également pour Spirale et participe à l’émission de radio Situation critique sur les ondes de CKRL.

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