The Purge (2)

2 etoiles
The Purge: Election Year
n’attirerait pas notre attention si ce n’est qu’il fait drôlement écho à la campagne électorale qui se déroule présentement aux États-Unis. Toutes les analogies, les métaphores, et autres analyses entre la réalité et la fiction demeurent permises. Ce serait toutefois une perte considérable de temps et d’énergie à mettre sur un film profondément malsain dans la morale qu’il expose, qui n’a d’autre objectif que de « purger », en quelque sorte, le spectateur. De faire triompher le bien du mal, le peuple « ordinaire » de l’élite richissime dans une situation de chaos et d’extrême violence. Ou devrait-on dire qu’il n’a d’autre but que de manipuler le spectateur, car cette prétendue réflexion sur les inégalités sociales et sur la politique ne sert qu’à cacher un grand vide. Elle masque une absence totale d’intelligence, de sensibilité et de conscience, à l’image des milliers d’Américains, présentés comme de vulgaires et sadiques pantins, qui participent activement à la Purge chaque année.

Durant cette nuit, tous les crimes sont permis aux États-Unis. Un voisin énervant, une collègue de travail insupportable ou des parents étouffants? La Purge est le moment idéal pour faire le ménage dans sa vie sans qu’il y ait la moindre conséquence au niveau de la loi. Pour le gouvernement américain, il s’agit tout bonnement d’éliminer la « vermine » de la société, autrement dit les plus pauvres et les plus faibles, les plus vulnérables. Il veut ainsi assurer la protection des citoyens, en réduisant notamment le taux de criminalité (sans blague). On ne s’étonne donc pas de voir défiler une panoplie de personnages qui incarnent tous certaines figures fortes de l’Amérique. Il y a des immigrants venus travailler pour toucher au grand rêve américain, des policiers corrompus, des hommes politiques aux idées extrêmes, des évangélistes bizarres, et bien plus encore. On ne s’étonne pas non plus d’un scénario basé sur la rencontre entre deux groupes très différents, soit des travailleurs acharnés et une candidate à la présidence accompagnée de son garde du corps. Le mélange entre ces deux classes sociales ne se fait pas sans égratignure et sans un humour plus méprisant que drôle.

The Purge: Election Year se révèle une grosse farce, une satire politique dans laquelle la violence règne, dont l’enjeu principal est finalement l’abolition et la condamnation de ce rituel meurtrier. Alors que le premier film de la franchise, qui se cantonne dans la résidence d’une famille américaine, souffre d’un point de vue restreint et d’une intrigue assez mince, le troisième est doté d’un fil narratif plus complexe, auquel se greffent toutefois des réflexions morales superficielles et souvent avortées, éliminant ainsi toute profondeur chez les personnages principaux du film. Seul le deuxième contient un peu plus de substance que les autres et une dose de folie calculée en accord avec l’histoire. James DeMonaco, qui a écrit et réalisé les trois films, cherche sans contredit un équilibre à la mise en scène d’un sujet dont on ne peut nier l’originalité. Mais même ce dernier élément s’effrite toujours un peu plus à chaque film, pour laisser place à un simple spectacle déshumanisé.

Parce qu’on ne sait plus s’il est juste un thriller d’horreur anonyme parmi tant d’autres, un pur prétexte à l’esthétisation de la violence, une parodie morbide des élections à prendre au deuxième degré, il demeure préférable de le laisser s’enliser rapidement dans les oubliettes. Une tâche plutôt facile, qui permet ainsi de se concentrer sur des films qui méritent réellement notre attention.

Isabelle Dion

Isabelle Dion fait présentement une maîtrise en cinéma à l’Université Laval et s’intéresse aux représentations queer dans le cinéma de Pedro Almodóvar et de Gregg Araki. Elle participe également à un projet de recherche portant sur la figure du cyborg dans l’œuvre de Lynn Hershman Leeson (dirigé par la professeure Julie Beaulieu).