10 Cloverfield Lane1

2 etoiles

L’idée, quand on tourne un film en huis clos, c’est de présenter un scénario assez bien cousu pour que les éléments se libèrent au compte-gouttes, à des moments appropriés, et de façon intelligente. Ce qui demeure également nécessaire à ce genre de film, c’est aussi la mise en scène de personnages substantiels, complexes, nuancés, ou à tout le moins captivants. Mais 10 Cloverfield Lane répond maladroitement à ces critères qui auraient pourtant pu offrir un film solide et singulier. Il échoue complètement à sortir ses personnages de certains stéréotypes qui font d’eux, par moment, de bêtes marionnettes. Le scénario s’avère non seulement prévisible, mais il manque drôlement de resserrement. Le fil narratif en ressort plutôt brouillon, en plus d’être au final, extrêmement décevant dans sa manière de désamorcer la tension aussi rapidement qu’il la crée.

Dans la première scène du film, le personnage principal, Michelle, fait ses bagages dans le but de quitter son fiancé. Une caméra est attentive à sa nervosité apparente, un gros plan montre la bague qu’elle laisse derrière elle, et la femme évite ensuite de parler à cet homme qui tente de la joindre sur son cellulaire. Alors voilà dessiné à gros traits la situation personnelle de Michelle, en nous brandissant une pancarte qui nous précise qu’elle est seule au monde, que personne ne la recherchera, et donc, qu’elle est une proie idéale dans toute sa vulnérabilité de femme maintenant sans attache. Même chose au sujet de l’histoire racontée par le personnage de Howard concernant l’utilisation de l’air comprimé pour geler et briser une poignée de porte. Nous faire un dessin pour nous souvenir de cet élément aurait sans doute été plus subtil. Sans compter la bouteille d’alcool, filmée en gros plan au début du film et réutilisée de manière complètement loufoque à la fin. Les films d’horreur et les thrillers psychologiques nourrissent certains patterns scénaristiques qui fonctionnent parfois. Il y a tout de même certaines facilités qu’il est possible d’éviter et une limite au manque de subtilité à ne pas franchir, au risque, sinon, d’insinuer un manque d’intelligence chez le spectateur.

Il s’avère toujours stimulant de voir comment, dans une optique minimaliste, autrement dit avec un minimum de lieux, de personnages et d’action, un réalisateur essaye de fabriquer une proposition audacieuse. Si la première heure du film de Dan Trachtenberg demeure généralement toute en retenue, la fin surprend par son contraire. Disons que le mystère et l’ambiguïté bâtis par le cinéaste depuis le début s’évanouissent d’un seul coup et dissipent, en même temps, l’intérêt du spectateur.

Il ne faut toutefois pas passer sous silence le sous-texte, plutôt intéressant, à propos de la violence familiale, symbolisée par la situation et les dynamiques relationnelles dans l’abri sous-terrain, mais aussi par le passé de Michelle. Des souvenirs qui ont induit en elle un sentiment d’impuissance devant des événements qui la dépassent émotivement. C’est justement cette incapacité à agir qu’elle tente de surmonter dans le film, choix après choix, tentative après tentative. Oui, l’actrice Mary-Elizabeth Winstead est brillante et juste dans ce rôle. Elle campe un personnage déterminé et fort, ce qui est toujours agréable à voir à l’écran. Cependant, à elle seule, elle ne réussit pas à illuminer le verni terne de la réalisation de ce « cousin » du Cloverfield de Matt Reeves sorti en 2008.

Isabelle Dion

Isabelle Dion fait présentement une maîtrise en cinéma à l’Université Laval et s’intéresse aux représentations queer dans le cinéma de Pedro Almodóvar et de Gregg Araki. Elle participe également à un projet de recherche portant sur la figure du cyborg dans l’œuvre de Lynn Hershman Leeson (dirigé par la professeure Julie Beaulieu).