C’est avec très peu d’attentes que je me suis dirigée, carnet en main, vers le Palais Montcalm et son tapis rouge, ce soir. C’est quand on ne s’attend à rien qu’on est surpris, pas vrai? Eh bien non. Beaucoup de bruit pour rien, ce Café de Flore, dernier bébé de Jean-Marc Vallée. Et il était où, d’ailleurs, ce Café de Flore? Ce café mythique de Paris dont le titre du film s’inspire? Ah, dans un tas de chaises, en début de film. Et dans une chanson. Récurrente chanson. Parce que le film ne s’inspire pas du lieu, en fin de compte, mais d’une chanson.

Café de Flore, c’est Antoine. Un DJ qui aime couper le son. Comme Philippe Katerine et son Luxor. Et Jean-Marc Vallée nous le coupera, parfois. Parce que ça met l’accent sur ce qui s’en vient, ça le rend plus gros. Comme nous l’explique Antoine. Vous comprendrez à rebours ce commentaire. (Psst, tout est dit.) C’est aussi Carole, ex et mère des filles d’Antoine. Carole et ses rêves de vies antérieures, clés (prévisibles) de l’énigme. Et Rose, la fleur, la guidoune qui brise un amour d’âmes sœurs pas vraiment jumelles. Vous voyez le topo? Bien sûr, vous le voyez. On l’a vu cent fois.

Maintenant, je serai ponctuelle. Parce qu’il est tard.

Il y a une voix off, en début de film. Un peu comme dans un film de Walt Disney. Qui, dans la seconde moitié du long métrage, disparaît. Entendons-nous. Dans un film à ce point commercial, commencer avec une narration signifie terminer avec une narration. Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. D’accord. Oui. Peut-être Vallée est-il allé vers le Disney.

Les dialogues sont plaqués, trop écrits. On n’y croit pas. L’identification aux personnages est, de ce fait, quasi impossible. Et parlant de plaqué, et là j’ai envie de crier, il n’est pas essentiel d’avoir en trame sonore Sigur Rós et leur majestueuse Svefn-g-englar parce que certains personnages importants du film sont trisomiques. (Voyez le vidéoclip, vous comprendrez.)

Mais le plus agaçant de ce Café de Flore, c’est que tout est dit. Et quand je dis tout, c’est du début à la fin. Même le réalisateur, en ouverture, nous recommande de rester assis pour le générique, « parce qu’il y aura un punch! » Aucune place n’est laissée au spectateur. Antoine doit se confier, doit nous dire ce qu’il ressent — parce que nous sommes trop idiots pour le deviner ­—, nous lui donnerons un psychologue. Carole doit se confier, nous dire ce qu’elle ressent, nous lui donnerons une meilleure amie. (Je continue?) J’aime chercher les métaphores, fouiller le film, créer des liens. Quand je n’en ai plus le choix, quand je n’ai pas ma place ­— et ça vaut aussi pour les arts visuels, pour la littérature —, je boude.

Et quand je boude, il est temps de dormir.

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