Chopper

3 etoiles

Mark Read, alias Chopper pour les intimes, criminel notoire en Australie jusqu’à sa mort en 2013, est dépeint dans le long métrage qu’Andrew Dominik lui consacre comme un bon bougre au tempérament explosif, pour user d’un euphémisme. Il poignarde ses camarades de prison à l’aide d’un surin sommairement assemblé, soit, mais les serre ensuite dans ses bras robustes, la mine repentante. Il est une figure imposante, inspirant la peur, mais incapable de véritables manigances; les failles de sa logique nourrie à la paranoïa sont apparentes comme un tatouage au milieu du visage. Sa psyché, aux terminaisons nerveuses retorses, est atteinte d’arythmie : elle s’emballe un moment, puis se met à palpiter avant d’accuser plusieurs irrégularités. Lors de ses sautes d’humeur, il se métamorphose en bulldozer et rase tout un chacun sur son passage, sans distinction.

Dominik, dont-il s’agit du premier film, est bien peu intéressé par les fondements de ce mal qui ronge la sympathique brute. Quelques pistes – la drogue, un passé familial difficile – sont explorées, mais le portrait demeure sommaire et est aspiré par une intrigue qui, loin d’être inintéressante (le meilleur ami de Chopper le trahit en prison, tout le monde veut la peau de ce dernier, l’étau se resserre), s’égare lors de plusieurs séquences dont l’esthétisme creux fait rétrospectivement peine à voir. Les années où les émules de Tarantino faisaient légion sont maintenant loin derrière nous  et l’attitude postmoderne dans laquelle se complait Chopper (bris du quatrième mur, reconstruction de scènes à la Rashōmon) apparaît parfois forcée. Soit, Dominik est un esthète assumé, mais dans Killing Them Softly, son troisième métrage, les envolées de mise en scène prenaient des allures carrément psychédéliques, en phase avec le portait cynique que faisait le réalisateur australien des États-Unis alors (2008) en pleine crise financière.

Reste Eric Bana dans le rôle du colosse, qui n’a jamais projeté ce même magnétisme depuis, mordant dans le film à pleines dents, joueur et décontracté au possible. Il incarne une énigme, celle d’une violence non motivée et intrinsèque que la société ne peut dompter. Un ça gavé à la coke et aux stéroïdes, tapant du pied et qui prendra goût au vedettariat lorsque les médias et le public s’intéresseront à sa personne. Le monde extérieur, à peine balisé en comparaison avec les prisons que Chopper fréquentent depuis qu’il a 16 ans, échappe à sa compréhension, est trop subtil, insensé. Le récidiviste est un personnage tragique, confortable seulement dans un espace qu’on lui a imposé de force, fondamentalement seul, bien que figure publique.

Jason Béliveau

Jason Béliveau est directeur de la programmation pour l’organisme de diffusion d’événements cinématographiques Antitube à Québec. Membre de l’Association québécoise des critiques de cinéma, il est rédacteur en chef du Quatre trois depuis sa création en 2011. Il écrit également pour Spirale et participe à l’émission de radio Situation critique sur les ondes de CKRL.

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