The Danish Girl (1)

3 etoiles

Sans grande surprise, Tom Hooper a offert à Eddie Redmayne un rôle exigeant et intense dans The Danish Girl. Au cours des deux heures que dure le film, on ne peut toutefois s’empêcher d’avoir les yeux rivés sur l’actrice Alicia Vikander, qui éclipse totalement les autres par sa luminosité et sa douceur. Personnage principal fort et déterminé, elle s’avère le principal intérêt du film, voire le seul. Elle illumine de sa présence l’ensemble qui est habité par une atmosphère grise et blafarde, dénuée de toute chaleur. Les cadrages précis et la composition lisse des plans expriment une rigidité et une sévérité décevante. Plusieurs moments sont teintés d’une délicatesse et d’une grâce qui passent notamment par les corps en mouvement, comme celui où Einar imite les gestes lascifs d’une danseuse derrière la vitre d’une cabine. Les scènes d’amour entre les deux personnages principaux, d’une douceur calculée, témoignent aussi d’une passion et d’une sensualité qu’il est impossible de nier. Mais trop rares sont ces moments vraiment sentis dans lesquels la mise en scène s’accorde bien avec le sujet. Une histoire aussi fascinante ne méritait pas un traitement aussi classique, inflexible et désintéressé.

The Danish Girl est un film biographique portant sur l’histoire de la première personne transgenre, l’artiste Lili Elbe, à subir une opération de changement de sexe, qui a eu lieu en 1930. Einar Wegener et sa femme Gerda sont tous les deux peintres et vivent à Copenhague. En manque de modèles pour ses portraits, la femme demande à son mari de poser pour elle avec des accessoires féminins. Ensuite, sous la forme d’un jeu, l’homme accompagne Gerda à une soirée mondaine habillée en femme, dans la peau d’un personnage qu’ils décident d’appeler Lili. Ce moment marque le début d’un profond questionnement pour Einar, sur sa véritable identité de genre, qui le hantera et ébranlera du même coup son mariage. Les obstacles font tranquillement place à l’acceptation et à la résilience, ce qui mènera l’homme à tout risquer dans une chirurgie de réattribution sexuelle. Sa femme, elle, appuie la démarche identitaire de celui qui était d’abord son mari, ensuite sa muse et finalement son amie.

Il ne s’agit pas tellement d’une histoire sur un changement de sexe, mais bien celle d’un amour sans condition. D’un amour qui est confronté à la différence, qui peut être à la fois salutaire et dévastatrice. La dévotion de Gerda envers de son mari est aussi grande que la peur de l’homme de perdre l’amour de sa vie. Cependant, le processus de transition, émotif et physique, aura tôt fait d’écorcher cet amour qui tente de résister aux obstacles qui minent leur chemin. Au début du film, Gerda pose à son mari cette question : « Who are you? » L’identité personnelle, sexuelle et de genre ont cela de beau qu’elles ne se décrivent pas en des termes clairs, fixes et étanches. L’amour entre les deux personnages témoigne justement de cette tentative de transcender les stéréotypes et les idées préconçues.

Même si le personnage principal de Gerda est d’une grande richesse, le choix du réalisateur de ne pas avoir placé au centre de son film celui d’Einar Wegener/Lili Elbe se révèle questionnable. On se demande quel est l’intérêt de vouloir donner une voix à un personnage historique marquant, complexe et fascinant, si ce n’est que pour le reléguer au second plan, comme si tout cela n’était finalement qu’une grande mascarade. Parler de la différence, même sans réussir à rendre avec respect et vivacité le sujet choisi, est toujours mieux que de se taire sur celle-ci. Voilà une vision plutôt optimiste de cette composition de tableaux vivants soignés, mais froids, faibles et inanimés trop souvent.

Isabelle Dion

Isabelle Dion fait présentement une maîtrise en cinéma à l’Université Laval et s’intéresse aux représentations queer dans le cinéma de Pedro Almodóvar et de Gregg Araki. Elle participe également à un projet de recherche portant sur la figure du cyborg dans l’œuvre de Lynn Hershman Leeson (dirigé par la professeure Julie Beaulieu).