The Green Inferno

2 etoiles

Réalisé en 2013, présenté dans des festivals en 2014 et sorti ensuite au Québec en 2015 de manière sporadique, le chemin de The Green Inferno vers son public a été long et tortueux dû à des problèmes financiers et de distribution. Le film de celui qu’on appelle le maître du gore, Eli Roth, raconte l’histoire d’un groupe d’étudiants activistes qui voyagent en Amazonie avec l’objectif de sauver la forêt des coupes. Suite à un accident d’avion en pleine forêt, les jeunes se font capturer par une tribu primitive qui s’avère être cannibale.

The Green Inferno est ce type de film qui fait beaucoup plus de bruit qu’il ne revêt de véritable qualité cinématographique (et encore là). Non seulement le réalisateur est sans doute allé trop loin dans ce film, visuellement et moralement, mais il a pris son inspiration principale d’un film d’horreur mythique qui malgré ce que l’on peut en penser, méritait un hommage plus intelligent et plus maîtrisé. Eli Roth s’est ainsi attaqué à Cannibal Holocaust (1980), le célèbre film italien de Ruggero Deodato, ancêtre du found footage et film emblématique du gore au cinéma. Le film de Deodato, qui a d’ailleurs été attaqué en justice pour sa violence hyper réaliste, est maintenant un monument de l’horreur tout aussi fascinant que vomitif. Roth s’est aussi attaqué, du même coup, à toute une lignée de films d’horreur italiens mettant en scène le cannibalisme dans les années 70-80, dont la majorité est passée aux oubliettes et mérite pleinement ce sort. Dans ces films, tous les sujets tabous y étaient présentés : viol, torture, meurtre, cannibalisme, violence animale, sadisme, etc.

Et bien ce ne sera pas une surprise de dire que la majorité de ces éléments sont présents et même parfois décuplés dans le film de Roth. Le sang coule à flots, la violence habite chaque scène, le mauvais goût est au rendez-vous et la sauvagerie est parfois insoutenable. Ce qui est désolant dans son hommage, c’est la facilité du scénario, avec son cynisme, son ridicule, son humour immature et son absence de tension. En dehors du sensationnalisme et de l’aspect divertissant sur lesquels se base le film, il n’y a pas grand-chose d’intéressant si ce n’est de penser que le budget en sang synthétique était beaucoup trop élevé pour le résultat final. Cette barbarie sanglante soulève toutefois des questionnements. Qu’en est-il lorsque la violence et le sang ne sont que des prétextes et qu’il n’y a aucune réflexion ni même de respect pour le genre cinématographique auquel le réalisateur consacre pourtant sa carrière? Oui, c’est un code du gore que de privilégier les scènes sanglantes, mais pourquoi se cantonner si bêtement à un genre quand on peut le faire éclater, le faire évoluer et ainsi, lui faire honneur.

The Green Inferno est audacieux graphiquement et explore un voyeurisme déconcertant, ce sur quoi repose encore et peut-être à tort l’intérêt des spectateurs pour le cinéaste. Eli Roth ne manque pas de culot dans une période où la plupart des films d’horreur sont aseptisés, sages et fondus dans un moule rigide. En ce sens, le film se place bel et bien en marge du cinéma d’horreur traditionnel, mais risque de se faire oublier rapidement. À côté de lui, sa récente réalisation Knock Knock apparaît presque plus appréciable et amusante. Presque.

Isabelle Dion

Isabelle Dion fait présentement une maîtrise en cinéma à l’Université Laval et s’intéresse aux représentations queer dans le cinéma de Pedro Almodóvar et de Gregg Araki. Elle participe également à un projet de recherche portant sur la figure du cyborg dans l’œuvre de Lynn Hershman Leeson (dirigé par la professeure Julie Beaulieu).

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