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Adapté du roman d’Emma Donoghue, Room est un projet problématique sur papier. Comment en effet mettre en scène la captivité d’une mère (Brie Larson) et de son fils de cinq ans (Jacob Tremblay) aux mains d’un tortionnaire monstrueux sans verser dans le sensationnalisme de bas étage, dans le fait vécu scabreux et manipulateur? Le réalisateur Lenny Abrahamson (What Richard DidFrank) opère une brèche dès l’entame du film en nous plongeant dans la tête du gamin, Jack, dont la curiosité commune aux enfants de son âge n’est jamais restreinte par l’exiguïté de la pièce qui l’a vu naître et grandir. Contrairement à sa mère, il ne voit aucune étrangeté à sa situation et est généralement heureux, sauf lors des visites de Old Nick, qu’il n’entrevoit que derrière les volets du placard où il dort.

Ce synopsis serait néanmoins digne du Lifetime Movie Network si ce n’était que Room s’extirpe assez rapidement de cette gadoue pour imaginer l’ensuite, la vie après l’emprisonnement. Il devient alors moins un acte de voyeurisme qu’un film intelligent et sensible sur la capacité de reformer son identité après avoir passé autant d’années en retrait du monde. Le processus pour Jake est lent; chaque sourire esquissé prend des proportions incroyables. Pour Joy, la mère, le retour à la réalité est un choc duquel elle a du mal à se remettre. À cet effet, Brie Larson, nouvelle coqueluche du cinéma indé américain depuis ses rôles dans Short Term 12 et The Spectacular Now, n’exécute aucun spectacle de claquettes à l’attention du spectateur, s’effaçant derrière le personnage de son fils, littéralement même pendant une bonne partie du film.

Si chacun des éléments de Room est mis en place avec une maîtrise incontestable, l’ensemble qu’ils créent a par contre quelque chose de préfabriqué. L’esthétisme frères Dardenne à la sauce Sundance, la finale enrubannée, les bombes lacrymogènes posées en entame : ces choix d’Abrahamson et de Donoghue (qui signe le scénario) minent un drame humain qui fascine non pas parce qu’il découle de la pire barbarie imaginable, mais parce qu’il se place entièrement du côté des survivants et que son moteur narratif est la résilience.

Jason Béliveau

Jason Béliveau est directeur de la programmation pour l’organisme de diffusion d’événements cinématographiques Antitube à Québec. Membre de l’Association québécoise des critiques de cinéma, il est rédacteur en chef du Quatre trois depuis sa création en 2011. Il écrit également pour Spirale et participe à l’émission de radio Situation critique sur les ondes de CKRL.

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