Turbo Kid est un produit formaté, répondant aux bas instincts d’un public geek nécrophage, qui triture des viscères périmés, toxiques et dont l’obsession maladive pour tout ce qui touche au divertissement (en dehors de lui, point de salut) trahit un puérilisme qui fait peine à voir. Il ne faut pas blâmer le trio de québécois derrière Roadkill Superstar (RKSS) d’avoir fait Turbo Kid, en soi un produit correct et habile, un divertissement d’après-midi pluvieux, mais d’être incapable de s’empêcher d’agir en Pavlov devant des pitous qui se font aller la queue chaque fois qu’une figure narrative repassée jusqu’à l’insignifiance la plus complète défile à l’écran. Absolument rien dans cette production entre le Canada et la Nouvelle-Zélande n’a été pigé dans un des nanars qui garnissaient jadis les tablettes des clubs vidéo de région. Les terrains vagues de ce monde post-apocalyptique où l’on tue pour un verre d’eau sont connus, trop connus.

Il y a le Kid (un avatar interprété honnêtement par Munro Chambers), jeune loup solitaire dont la mère a été tuée par le gros méchant du film, Zeus (Michael Ironside), ce qui sera dévoilé à l’aide s’une série de flashbacks, il va sans dire. Une robette, Apple (Laurence Leboeuf, qui a au moins l’air de s’amuser), là pour être sauvée, puis réparée. Un cowboy aussie (Aarpm Jeffery) qui perd un bras qui sera remplacé par une prothèse robotique. Ah, et le vilain Zeus est – spoiler alert – un robot lui aussi. Sinon? Des scènes gore réchauffées, platement montées, qui n’ont pas la folie cartoonesque ni le rythme des premiers films de Peter Jackson parce qu’elles sont embuées par cette damnée nostalgie qui vient plâtrer mur à mur toute possibilité au film de respirer, de nous surprendre en sortant des sentiers battus. Évidemment que c’est sincère, que ça constitue une lettre d’amour efficace au kitsch des années 80 et 90, mais au-delà de la référence pour la référence – qui d’ailleurs est reconnue par tous, le geek étant devenu la norme – aucun humour, aucun esprit transgressif (ah, les belles années de Troma semblent si lointaines), aucune originalité.

 

Jason Béliveau

Jason Béliveau est directeur de la programmation pour l’organisme de diffusion d’événements cinématographiques Antitube à Québec. Membre de l’Association québécoise des critiques de cinéma, il est rédacteur en chef du Quatre trois depuis sa création en 2011. Il écrit également pour Spirale et participe à l’émission de radio Situation critique sur les ondes de CKRL.

Commentaires