Pas facile d’écrire avec la chaleur qu’on a eue la semaine dernière. C’était même difficile de se rendre jusqu’à Concordia pour aller voir des films, surtout lorsque le métro était en panne… En tout cas. Résumé de la semaine : j’y ai vu mon film le plus attendu du festival, Ryuzo and the Seven Henchmen de Takeshi Kitano, réalisateur des magnifiques Sonatine et Fireworks, en plus de Cop Car, Sea Fog (Haemoo) ainsi que Shinjuku Swan de Sion Sono.

Parenthèse :

Certains auront peut-être constatés que j’ai « oublié » de donner des cotes aux films à partir du deuxième texte. C’est que je ne me sentais pas très à l’aise, ne connaissant pas vraiment les genres et ayant rarement vu les autres films des cinéastes. Bien qu’en principe je devrais être capable de parler des films même si je n’ai pas vu les autres d’un réalisateur, je me sens toujours un peu mal à l’aise de le faire, en fier partisan des Cahiers du Cinéma des années 50 et de leur « politique des auteurs ». Ma cinéphilie est fortement axée sur ce concept puisque j’aime bien visiter l’entièreté des films d’un cinéaste en plus de lire ses écrits pour parvenir à bien cerner ce qu’il/elle est, et m’imprégner de sa vision du monde. J’assiste à Fantasia avec un oeil un peu plus naïf que d’habitude (peut-être devrais-je garder cet œil?). La cote, pour moi, amène quelque chose d’assez objectivant comparativement au texte de la critique qui lui, correspond davantage à ce qui m’intéresse dans cet exercice : la transmission de l’expérience cinématographique et c’est ce qui me plaît vraiment le plus dans l’exercice de la critique.

Ryuzo and the Seven Henchmen | Takeshi Kitano

Ryuzo, un homme du troisième âge, anciennement Yakuza, est nostalgique des années où il baignait dans le crime et rappelle ses amis gangsters pour former une nouvelle famille. Ils tenteront tant bien que mal, en fait, surtout mal, de se faire un peu de blé. Bien qu’infructueuses, leurs activités réussiront à déranger celle d’un groupe organisé qui fraude et s’attaque aux gens vulnérables et aux vieux. S’en suivra une guerre de clans qui au départ sera tout à fait innocente. Mais les criminels n’en resterons pas là.

Connu pour sa brillante façon de combiner profondeur émotive, humour et action, Takeshi Kitano ne manque pas à sa tâche ici non plus. Bien que le film est un peu lent au démarrage, Ryuzo and the Seven Henchmen est un très beau tableau sur le troisième âge et la nostalgie. Un peu prises au dépourvu et souvent négligées, ces personnes âgés du film cherchent à se réaffirmer et d’une certaine façon à se venger contre leur condition de personnes qui ne servent plus à rien, ayant dépassé l’âge de productivité sociale, coutants plus cher à leurs enfants qu’ils ne rapportent.

Cop Car | Jon Watts

Travis et Harrison se promènent dans un champ du Colorado. Le premier, un peu plus aventureux, mène la marche. Il promulgue un cours de jurons au second, un enfant peureux et surprotégé qui peine à les dire. Dans leur excursion, ils découvrent une voiture de police sans son propriétaire. Ils l’approchent d’abord timidement avant d’entrer à l’intérieur et d’y trouver les clefs. Travis décidera donc de se déclarer, lui et Harrisson, les nouveaux propriétaires de la bagnole.

Sans parvenir — ni chercher — à atteindre le même niveau de sensibilité d’un film comme le magnifique Mud de Jeff Nichols, celui-ci et Cop Car ont quand même certains points en commun au niveau de leur récit et de leur ton. À l’innocente cruauté des jurons des gamins se substitue un délit compromettant pour ces derniers, encore plus qu’ils pourraient le penser. Il se trouve que le shérif n’était pas à sa voiture parce qu’il était en train de disposer d’un des deux cadavres qui se trouvaient dans sa voiture… et que l’autre s’y trouve encore.

Shinjuku Swan et Haemoo étaient très intéressants eux aussi. Le Sion Sono prenait des allures d’opéra sans chansons alors que le coréen déplaçait en mer différentes réflexions qui rappellent les recherches sur qui ont été menées au cours de l’ère post WWII sur les principes moraux d’obéissance et de justice. Si les deux films ont leurs défauts, ils valent tout de même la peine d’être vus puisqu’ils provoquent des réflexions hautement intéressantes.

Si tout se passe comme prévu, j’aurai un cinquième et dernier texte au courant de la semaine prochaine qui portera sur sur les très attendus Tag de Sion Sono et Assassination de Choi Dong-Hoon.