Que Xavier Dolan soit un auteur, nous n’avons plus à en débattre, tant son deuxième film retient les particularités du premier, tant sa signature est omniprésente, marquée, indéniable. Récurrences dans le fond et la forme, reconnaissance de la patte, Xavier Dolan est un auteur, le débat est clôt. À savoir si Dolan en est un bon, auteur, c’est une tout autre histoire. Malgré le buzz, il est malheureux de constater que ces Amours imaginaires auraient mieux fait de rester à l’étape du brouillon. En mode Jean-Luc Godard circa 1966, Dolan dresse un portrait sociologique de sa génération, (fausses) entrevues documentaires en prime, mais ne parvient jamais à exprimer quoi que ce soit de pertinent sur la tranche des 18-25 ans.

Francis et Marie (Xavier Dolan et Monia Chokri) tombent cul par-dessus tête amoureux de Nicolas, sorte de Petit Prince sexué. Les deux comparses joueront du coude afin de retenir l’attention de l’électron libre, aux dépens de leur amitié. Et c’est tout, ça tient sur un mouchoir et ça ne se déplie sur rien. Mais c’est léché, au moins on peut se taper dans le dos lorsqu’on a pigé la citation d’un tel ou d’un tel. Certaines trouvailles impressionnent plastiquement, mais se retrouvent à soutenir des idées d’une banalité aberrante. Et pitié avec les ralentis, tellement languissants qu’on se demande si les personnages n’ont pas les pieds enlisés dans la mélasse.

Beaucoup ont parlé de la qualité des dialogues écrits par Dolan, pourtant, à part quelques répliques cinglantes bien décochées dans les 15 dernières minutes du film, ils font ici hérisser le poil des oreilles. L’échange entre Maria et Nicolas sur le mot manichéen à la sortie d’une pièce de théâtre, par exemple, est si maladroit qu’il rend physiquement inconfortable. Il sera rétorqué que c’est ce dont il est question, que la vacuité des dialogues est celle de jeunes désaccordées par le désir. Ce n’est donc pas si important que Francis, Marie et Nicolas soient aussi intéressants qu’un bloc de tofu.

Un film québécois a fait récemment beaucoup mieux relativement sur le même sujet. Un magnifique instantané sur une génération cherchant sa place, aimant avec autant de force que de naïveté. Un film que vous vous féliciterez d’avoir vu. Ce film c’est À l’ouest de Pluton, de Henry Bernadet et Myriam Verreault. Rendez-vous service et visionnez ce film, au lieu d’avaler la bouillie que vendent nos médias, qui font du consensus une vertu.

Jason Béliveau

Jason Béliveau est directeur de la programmation pour l’organisme de diffusion d’événements cinématographiques Antitube à Québec. Membre de l’Association québécoise des critiques de cinéma, il est rédacteur en chef du Quatre trois depuis sa création en 2011. Il écrit également pour Spirale et participe à l’émission de radio Situation critique sur les ondes de CKRL.

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