Ça commence à devenir sérieux à Fantasia cette semaine. Samedi on nous présentait Wild City de Ringo Lam et dimanche c’était le premier de trois(!) films de Sion Sono au Festival. Ce lundi, c’était le nouveau Takeshi Kitano en plus de Sea Fog (Haemoo) réalisé par Shim Sung-bo, scénariste de Memories of Murder de Bong Joon-ho (ce dernier a d’ailleurs produit Haemoo). Cop Car de John Watts, avec Kevin Bacon, sera présenté en avant-première mardi avant de prendre le chemin des grandes salles nord-américaines le sept août. Beaucoup de plaisir en perspective.

Wild City | Ringo Lam

T-Man, un policier reconverti en tenancier de bar, fait la rencontre d’une jeune femme saoule traquée par un gang violent. Il tentera tant bien que mal de la protéger avec l’aide de son frère, qui lui a davantage trempé dans le monde du crime que celui de la justice.

Si les films américains de Ringo Lam ont vite été oubliés, la légende de ses films hongkongais, elle, vit encore. Son passage raté sur la soi-disant « terre promise » lui fût tout de même profitable puisque l’on ressent dans Wild City une très belle influence du cinéma de Tony Scott et de Michael Mann, qui eux furent probablement inspirés entre autres par les premiers films de Lam. Ce partage d’esthétiques et de sensibilités nous donne un cinéma très intéressant, notamment dans le rapport qu’a T-Man avec la lumière, l’eau et le passé qui rappelle beaucoup celui des personnages de Mann. Avec sa ligne « Don’t waste today’s tears with yesterday’s sorrow », il nous rappelle les personnages du cinéaste américain qui, après un parcours de vie sinueux, cherchent à apaiser leur mélancolie en « rêvant par en avant », en se penchant vers l’avenir. En tentant d’obtenir une certaine forme de rédemption à travers le sauvetage d’une innocente victime, T-Man se réconciliera avec lui même. Lui qui cherchait au départ à s’oublier apprendra à mieux se connaître et à définir ses valeurs qui n’étaient peut-être pas aussi mauvaises qu’il pouvait le croire, bien que tout n’est pas noir ou blanc au fin fond de son âme. Lam a aussi choisit une approche pragmatique pour dépeindre les bad guys taïwanais en donnant un certain espace à leur sensibilité et leur propre mélancolie face au jeu dans lequel ils sont embarqués et qui leur coûte cher à eux aussi. À voir!

Love & Peace | Sion Sono

Love & Peace, l’un des six films de Sion Sono qui sortira cette année au Japon, raconte l’histoire de Ryoichi, le plus looser des loosers. Tout le monde rit de lui, tant dans le métro qu’à son travail. Il rêve de devenir un très grand musicien, de fouler le stade olympique de Tokyo et de faire légende. Cet être pathétique (dans tous les sens du terme) se lie d’amitié avec une petite tortue qu’il achète près de son lieu de travail et obtiendra une certaine forme de réconfort dans cette unique relation avec une espèce vivante qu’il entretiendra des années. Tout va bien jusqu’à ce que leur amitié soit révélée au grand jour et que, épris de honte, sous les esclaffes de l’humanité qui le trouve encore plus ridicule qu’avant, Ryoichi décide de jeter sa tortue dans les toilettes. Celle-ci se retrouvera dans un univers mystérieux peuplé de jouets et d’animaux dotés de parole grâce à un vieil homme aux bonbons magiques qui s’occupe d’eux. Ce dernier donnera par erreur un bonbon à la tortue lui permettant d’exaucer son plus grand vœux qui sera que Ryoichi devienne le rockeur qu’il espère devenir. Ryoichi deviendra Wild Ryo et recontrera un immense succès à une vitesse inouïe.

Love & Peace est un film qui redéfini l’expression « du jamais vu ». Avec son jeu d’acteur et son humour intensément absurdes, nous est présenté une sorte de conte de Noël où une tortue nous rappelle tantôt la bombe atomique tantôt les Kaijus — d’abord erronément, ensuite on ne peu plus justement. Le mythe d’Abraham rejoint celui du Père Noël dans un film tout de même très sensible. Son message d’amour et de paix rejoint un certain discours écologique et appelle l’humanité à avoir des rêves à hauteur d’homme.

Le coup de Maître de Sion Sono est de faire de ce film qui, de prime abord, semble complètement débile, quelque chose qui, au final, parvient à aborder d’une façon des plus sérieuses des sujets qui sont trop souvent traités avec une mansuétude et un moralisme abject, leur faisant perdre toute leur légitimité en tant qu’œuvre d’art. Love & Peace, malgré toute sa frivolité, parvient à nous parler et vaut grandement la peine d’être vu.