Paul est un adolescent mélancolique qui aime faire la fête. Au début du film, il ne sait trop que faire de sa vie. Il quitte une fête pour rentrer chez lui, mais finit par passer le reste de sa nuit dans un boisé avant de retourner sur les lieux de la fête le lendemain matin pour demander au DJ le titre d’une pièce de MK qu’il avait bien aimé. Deux ans plus tard, il semble bien décidé à devenir DJ lui-même. Fan de la techno new-yorkaise, alors très peu connue en France à l’époque, il contribuera à son essor et par le fait même au début d’un intérêt pour l’électro à Paris qui en résultera par le développement de la French touch et au succès qu’on lui connaît notamment grâce à Daft Punk, que l’on voit dans le film.

Ce dernier opus de Mia Hansen-Løve, coécrit avec son frère Sven dont la vie a grandement inspiré celle du personnage principal, peut de prime abord avoir des airs de récit initiatique inversé, car la vie de Paul semble avancer à reculons. Son pas est déterminé, mais son regard reste incertain. Il connaîtra un certain succès, mais manquera à s’y attacher. Se déroulant sur une période d’environ deux décennies, le film fait état d’une certaine amertume du protagoniste face aux tournants qu’a pris sa vie. Il ne la regrette pas, et ne la regarde pas avec nostalgie non plus, mais il est quand même amené à la remettre sérieusement en question. D’un autre côté, nous sommes placés en face d’un personnage qui acquiert une certaine maturité dans sa façon qu’il a d’apprendre à faire face à lui-même.

On assiste à la montée et à la chute d’un homme, mais il semble que ce soit l’expérience de la chute qui eut été la plus édifiante. C’est quelque chose qu’on ne voit que très rarement à ce niveau au cinéma, alors qu’à Hollywood c’est la surmontance des impedimenta qui construisent des héros et que le drame d’auteur européen qui se veut réaliste est teinté d’une aigreur démontrant le cynisme du cinéaste face à la vie. Le film de Mia Hansen-Løve tend plus à se rapprocher d’une cinématographie qui rappelle les Japonais comme Mikio Naruse ou encore notre contemporain Hirokazu Kore-Eda (on pense ici à Still Walking), car l’expérience douloureuse, comme le décès d’un proche ou les problèmes sentimentaux, passe à travers les tripes de son personnage au lieu de simplement défiler en surface de l’écran et se succéder à un rythme trop excessif et trop chronométré au plaisir du spectateur en quête d’émotions fortes.