Un soir, Jay rencontre son copain avec qui elle sort depuis quelque temps. Ils se regardent, s’embrassent, se caressent, se retrouvent sur la banquette arrière d’une voiture. C’est un rendez-vous banal qui se termine par une relation sexuelle tout aussi banale, baignée dans la lumière jaunâtre d’un lampadaire. La jeune femme paraît heureuse, étendue à l’arrière de la voiture. Mais la soirée prend une sinistre tournure : le garçon a transféré une étrange malédiction à la jeune femme. À partir de ce moment, Jay est en proie à de troublantes visions de personnes, ou plutôt de « choses », qui la suivent constamment. Une vieille dame, une amie, un parent, le traqueur peut prendre tous les visages et ne lui laisse aucun répit. C’est le début d’un long cauchemar, vicieux et angoissant, dans lequel il n’y a aucune échappatoire possible. La suite est une série d’essais et erreurs afin de comprendre ce qui lui arrive et de prouver à ses amis que tout cela est bien réel.

L’histoire du film de David Robert Mitchell, à la fois tordue et originale, laisse le spectateur perplexe. Dès le début du film, on perçoit une métaphore un peu douteuse sur les maladies transmises sexuellement. La malédiction est effectivement transmise par un rapport sexuel, agressive dans sa propagation et parfois mortelle. Il y a également de nombreuses références bibliques, comme la première apparition qui se produit alors que l’adolescente est en cours et que le professeur récite l’histoire de Lazare, cet homme revenu d’entre les morts. L’eau est également partout, signe d’une possible renaissance. Au-delà de ces analogies faciles se montre toutefois une originalité qui provoque un réel intérêt. Le film joue sur les attentes du spectateur, nourrit plusieurs interprétations dans un univers parsemé de symboles. Il pousse aussi une réflexion sincère sur le passage à l’âge adulte, mélancolique et surtout plein de déceptions. Si It Follows est une sinistre histoire sans fin, il est pourtant traversé par l’idée de limites. Il y a les limites de la ville, de l’amitié, de la sexualité et finalement, de la vie et de la mort.

L’un des éléments majeurs de la réussite du film est la caméra de Mitchell. Le réalisateur parvient à faire monter l’angoisse par des cadrages précis, un jeu habile avec les arrière-plans et un découpage chargé de tension. Bien que l’on se retrouve souvent devant de magnifiques et terrifiantes séquences, d’autres manquent véritablement d’adresse dans leur exécution. Le film est gorgé de longs travelings vertigineux, de ralentis calculés et de panoramiques étourdissants. Des éléments qui déboussolent autant que la musique particulière du film, caractérisée par des envolées sonores assourdissantes. Tout, dans ce film, des personnages à l’air soucieux aux décors rétro, des quartiers anonymes aux maisons abandonnées sur la 8 Mile Road, participent à la construction d’une atmosphère oppressante.

Dans l’horreur, la ligne est parfois mince entre le ridicule et le sérieux, entre le rire et la peur. It Follows arrive curieusement à trouver son équilibre, à la fois bourré d’imperfections et de belles surprises. Oui, le rythme du film manque de constance et le scénario de force, tellement il frôle la maladresse par moment. Mais parce qu’il offre quelque chose de singulier porté par de jeunes acteurs brillants, on peut lui pardonner ses égarements.

Le vent de fraîcheur que It Follows emmène dans le cinéma d’horreur actuel est exaltant et prometteur. Il laisse même croire au plus sceptique des spectateurs que les films d’horreur de qualité sont encore possibles.

Isabelle Dion

Isabelle Dion fait présentement une maîtrise en cinéma à l’Université Laval et s’intéresse aux représentations queer dans le cinéma de Pedro Almodóvar et de Gregg Araki. Elle participe également à un projet de recherche portant sur la figure du cyborg dans l’œuvre de Lynn Hershman Leeson (dirigé par la professeure Julie Beaulieu).

Commentaires