Après une première tentative qui s’est terminée en queue de poisson, nous revoici avec cette idée assez saugrenue qui est celle de faire la critique de 30 courts métrages québécois produits récemment en 30 jours. Pourquoi? Premièrement, une étrange concordance aligne le gala Prends ça court! (mi-fin février, dans le cadre des Rendez-vous du cinéma québécois) et le festival Regard sur le court métrage au Saguenay (mi-mars). En un mois, tout est vu et récompensé. Aussi, nos courts demeurent assez anonymes ici, cantonnés à des présentations en salle avant des longs métrages (très rare) ou sur le web. C’est pourquoi chaque film sera accompagné d’un lien pour le visionner, lorsque possible, ou d’une précision quant à ses projections publiques futures.

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La ripaille | Moïse Marcoux-Chabot

Nan Lakou Kanaval | Kaveh Nabatian

Une idée de grandeur | Vincent Biron

Jutra | Marie-Josée Saint-Pierre

Sur le ciment | Robin Aubert

Jachère | Eliot Laprise

La pepperette | Jerome Hof

Prends-moi | Anaïs Barbeau-Lavalette et André Turpin

On vit une époque formidable | Michel Lam

Bleu Tonnerre | Jean-Marc E. Roy et Philippe David Gagné

T’es pas game | Sandrine Brodeur-Desrosiers 

Le cycle des moteurs | Patrice Laliberté

Souffler de la neige | Ann Arson

Drum de marde! | Pascal Plante

Imelda | Martin Villeneuve

Mynarski chute mortelle | Matthew Rankin

La ripaille | Moïse Marcoux-Chabot

La ripaille n’est pas la contraction de ripoux et racaille, même si Moïse Marcoux-Chabot nous convainc du contraire. Il n’y est pas question de policiers corrompus, plutôt de politiciens, ici attablés tels les big shots du Temps des bouffons de Pierre Falardeau pour un souper en l’honneur de la profanation d’un territoire fertile en matières premières, la Gaspésie. Vingt ans après les crottés du Beaver’s Club, revoici les mêmes faces complaisantes, boursoufflées d’un rire gras suintant l’opulence, les mêmes jokes plates, la même hypocrisie à ciel ouvert, aucunement dissimulée, tellement tout le monde s’en fout.

Tandis que Ciment McInnis se met à balafrer l’anse du même nom à Port-Daniel, jusque là l’un des lieux les plus beaux de toute la péninsule, que Pétrolia fore l’île d’Anticosti, sont servis à nos représentants poissons d’une pêche et fruits d’une cueillette qu’ils mettent en péril, ironie striée jusqu’à la méconnaissance par l’argent, toujours elle, vieux classique faisant bander les moins bandants.

Niveau monstration, c’est croqué à vif, laissant le soin à Couillard et cie de se mettre eux-mêmes lamentablement en scène. C’est dans l’habillage que l’ensemble se corse, Marcoux-Chabot affublant ses images d’une bande-son grotesque, soulignant à outrance le ridicule de ses sujets. Un peu comme remplacer un gros nez de clown… par un plus gros nez de clown. Cette condescendance, bien que justifiée, malheureusement distancie.

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Nan Lakou Kanaval | Kaveh Nabatian

Défigurant la tradition du documentaire ethnographique à la Jean Rouch par la voie de Kenneth Anger, Kaveh Nabatian capture viscéralement le Kanaval d’Haïti et le sublime grâce au grain d’une pellicule 16mm qui manque cruellement dans l’offre actuelle. Bonimenté d’un poème de Gabriel Wood Jerry, le court film expressionniste questionne notre rapport ambigu aux « réjouissances populaires » noires, dont les codes syncrétiques fascinent autant qu’ils dérangent. À côté des têtes de démon en feu, des gigantesques fausses dents croches, des peaux nues peinturées et des danses épileptiques conjurant la mort et les esprits malins, le Carnaval de Québec fait bien piètre figure.

Le court métrage est présenté le vendredi 27 février à 19h30 à la Cinémathèque québécoise dans le cadre des Rendez-vous du cinéma québécois

Une idée de grandeur | Vincent Biron

J’ignorais presque tout de Luc Guérin, essentiellement qu’il peut être un grand acteur dramatique lorsqu’on lui en donne l’occasion. Le « héros » d’Une idée de grandeur, Louis Belisle, est déchu, il va sans dire, et possède en lui ce je-ne-sais-quoi d’absurde qui l’intègre sans trop de mal dans une délicieuse liste de personnages d’un blanc cassé/beige au cinéma. Il est poignant, mais drôle, parce que le monde qui l’entoure et le contient refuse de s’accorder à l’idée floue qu’il se fait de lui-même, tout prisonnier qu’il est entre deux femmes, deux bungalows et, jusqu’à tout récemment, entre deux mandats en tant que maire d’une ville sans nom abritant sa part d’inquiétante étrangeté lynchéenne.

En tant que petit traité de grammaire cinématographique, le film regorge de belles idées, comme celle de débuter au crépuscule d’une campagne électorale perdue, tandis que le spectateur entend la chanson Souvenirs, souvenirs de Rita Cadillac et voit des pancartes sur lesquelles est inscrit le slogan « La force de l’expérience », nous positionnant dans une durée riche et dense débordant du cadre établi. Intéressé par ce que le gag peut révéler sur ses personnages, Vincent Biron conduit sa vue avec assurance, mélange les tons jusqu’à ce révélateur « J’me suis toujours dit que c’était pas ton genre » lancé à l’intention de Louis par sa voisine d’en face s’adonnant à la partouze, sorte de païenne au cœur d’or sortie tout droit d’Andreï Roublev de Tarkovski.

La comparaison est-elle trop pédantesque? Disons plutôt qu’Une idée de grandeur refuse le jeu de la sitcom télévisuelle en faisant dynamiter le cynisme de chiures comme 450, chemin du Golf. Comme quoi la banlieue peut déceler sa part de poésie.

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Jutra | Marie-Josée Saint-Pierre

Près de dix ans après Les négatifs de McLaren, Marie-Josée Saint-Pierre se charge d’illustrer l’œuvre et la vie d’un autre incontournable de notre cinématographie, le cométaire Claude Jutra, en alliant animation et archives documentaires. Confrontant différents Jutra d’époques distancées, les réfléchissant comme autant de facettes miroitantes se faisant écho, la réalisatrice fait état d’une existence toujours régie par la passion du cinéma. Les lignes qu’elle grave autour du personnage lui confèrent une aura électrique, révèle un esprit en constante ébullition, qui sera freiné uniquement par la maladie. Émerge un poème lucide ayant pour sujet un cœur souverain, et ce, malgré les aléas de la vie qui forcèrent celui-ci à une production toujours plus disparate et à un exil à l’autre bout du pays. Le seul reproche que l’on pourrait formuler à ce court c’est qu’il est justement court, trop pour l’ampleur d’une filmographie encore méconnue ici, à l’exception bien sûr de Mon oncle Antoine. Espérons à tout le moins que ce Jutra inspirera d’autres créateurs à suivre la voie ouverte par Saint-Pierre. En attendant, réconfortons-nous à l’idée qu’il reste à la cinéaste encore beaucoup de terrain à défricher si l’envie lui prend de prolonger ce cycle lumineux.

Le court métrage est présenté le mardi 24 février à 19h30 à la salle Jean-Claude Lauzon de l’UQAM dans le cadre des Rendez-vous du cinéma québécois

Sur le ciment | Robin Aubert

Robin Aubert fut jadis chiant comme la mort. Trimballant une chip on his shoulder, comme dirait l’autre, il faisait figure de poète maudit dans une contrée cinématographique alors en mal d’enragés à la caméra. Mais les petites bêtes sauvages finissent bien par s’attendrir avec le temps, sans nécessairement perdre leurs contours dentelés. Mais voilà, ce critique qui a vu l’homme à l’origine d’un cri apparaît bien perplexe devant Sur le ciment, dernier court en date d’une filmographie atypique et indéterminée. L’histoire, bien qu’improbable (l’amitié – et plus si affinités – entre un adolescent et une octogénaire malade), a son charme et n’à que faire des temps morts. D’un autre côté, elle est tristement manipulatrice.

Malheureusement, le politically correct musèlera quiconque voudra bien s’interroger sur cette scène clé où la vieille dame se dénude complètement à la caméra avant l’amour; geste offert comme affirmatif, empreint d’une beauté grave, mais nous apparaissant plutôt comme une tentative désespérée d’insuffler de la vigueur à un essai autrement anémique. Étant donné que tout le film tourne autour de ce plan fixe, d’une froideur presque clinique, un malaise s’installe, celui lié à la conviction que la dame n’a pas enlevé d’elle-même ses vêtements, mais qu’on les lui a plutôt arrachés. La honte qu’elle ressent vis-à-vis son corps vieillissant n’avait pas à passer par une monstration aussi crasse et gratuite, affection auteuriste plutôt que travail intelligent et ressenti de mise en scène.

Jachère | Eliot Laprise

La ferme en opposition à la ville, les loups guettant des proies faciles, la maternité avortée puis réappropriée, les scènes de ménage autour de la table de cuisine; Jachère foule des terres maintes fois labourées dans notre cinéma, que l’on pense à des films comme Marécages de Guy Édoin, pour utiliser un exemple récent. Alors d’où provient sa réussite? D’un scénario finement construit, jouant sur les double sens et les mécompréhensions que s’échange ce couple central à la dérive, s’aimant, mais incapable d’enfanter. Des acteurs les interprétant, particulièrement Valérie Laroche, d’un investissement impressionnant dans ce rôle complexe et dur d’une femme prête à tout pour obtenir ce qu’elle désire. D’une réalisation sans fioritures, au service d’une intrigue qui culminera vers une finale toute simple, mais chargée d’une symbolique dévastatrice. À la lumière d’une année de production où le court métrage de fiction s’est avéré faible et complaisant, cet essai sincère détonne du lot et installe Eliot Laprise dans la catégorie de cinéastes à suivre dans les prochaines années. À voir.

La pepperette | Jerome Hof

Rayon charcuterie, cette pepperette longue d’à peine quatre minutes a meilleur goût que toute la chair à saucisse dont on bourre nos hot-dogs chaque été. Si ces deux cagoulards du dimanche (Pier-Luc Funk et Jean-Carl Boucher) tentant de braquer un dépanneur peuvent nous apprendre une chose, c’est bien l’état lamentable dans lequel se trouve le long métrage d’humour québécois. Celles et ceux derrière Petit frère, Quelqu’un d’extraordinaire, Bleu tonnerre, L’Ouragan Fuck You Tabarnak!, Suivre la piste du renard, Toutes des connes et ce présent court méritent de recevoir l’équivalent des montants attribués à des films qui ne seront pas nommés ici par décence élémentaire. Cette comédie a assez duré; laissons à celle-ci l’espace qui lui revient.

Prends-moi | Anaïs Barbeau-Lavalette et André Turpin

Par pudeur peut-être, Barbeau-Lavalette et Turpin ont tronqué ce qui devait être le titre original de leur film : Prends-moi par les sentiments. Parfois, les épanchements sont justifiés : ces rapprochements intimes entre deux jeunes handicapés physiques émeuvent, évidemment, parce qu’ils sont autrement dissimulés derrière les portes des CHSLD, au point où il est difficile même pour le reste du monde de les concevoir. Entre nos amoureux, et c’est là que ça se corse, un infirmier malaisé dans son rôle, qui déshabillera d’ailleurs le  garçon comme on ouvre ses rideaux le matin. L’intrigue s’arc-boute harmonieusement au-dessus de la tête de ce protagoniste, faisant montre par le fait même d’une gestion hospitalière accordant mal la dignité des patients à celle de leurs aidants. Sujet nécessaire et fascinant, mais traité ici avec un didactisme pesant, soldé au son d’une musique venant achever toute prétention d’être nuancé, ce que Gabrielle de Louise Archambault — qui fait beaucoup d’ombre à cette vue — parvenait à rendre avec un peu plus de grâce.
Prends-moi en tant qu’objet ne peut être saisi tellement il est lisse et rond. Sans la photographie d’André Turpin, cette vidéo informative à l’attention des nouveaux préposés aux bénéficiaires aurait l’allure d’un sketch de L’amour avec un grand A. Heureusement, Maxime D. Pomerleau (la jeune femme) et Alexandre Vallerand (le jeune homme), continuent de nous toucher le générique de fin terminé.

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On vit une époque formidable | Michel Lam

Non mais quelle époque formidable nous vivons! Celle où ce qui s’avère au mieux le pilote d’un sitcom pour V ou d’une web-série est appelé, sans vergogne aucune, cinéma. Ce court utilise comme point de départ le synopsis le plus éculé du monde, la fameuse scène du « t’as couché avec ma blonde mon écœurant! », pour le plus grand plaisir cinéphilique de celles et ceux qui ont l’intelligence d’un adulte qui a l’intelligence d’un enfant de 10 ans. En plus de nous servir à grandes lampées un montage popularisé au Québec par Monia Chokri (Quelqu’un d’extraordinaire) et Chloé Robichaud (Féminin/Féminin) qui consiste à foutre des images glanées sur Internet pour évoquer bêtement ce qui n’est pas montré à l’écran, par exemple des peintures de bacchanales pour un trip à trois, le film a les mâchoires d’un chiot qui digère sa moulée affalé les pattes en l’air, sa « critique » du monde moderne ne dépassant jamais les quétaineries d’usage.

Sébastien Huberdeau (le chien sale), François Bernier (le cocu) et Eve Duranceau (la blonde du chien sale) font ce qu’ils peuvent, mais quand t’es obligé de lâcher des répliques de théâtre d’été dans un décor de théâtre d’été, la qualité du jeu en prend pour son rhume. Dommage.

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Bleu Tonnerre | Jean-Marc E. Roy et Philippe David Gagné

Prévoyons que ce film sera le Quelqu’un d’extraordinaire de REGARD 2015, c’est-à-dire un succès populaire sur toute la ligne. En partie parce qu’un de ses coréalisateur, Philippe David Gagné, est du Saguenay et qu’il s’y déroule, mais principalement parce qu’il possède les mêmes qualités intrinsèques que le court de Chokri, à savoir un texte de qualité (ici principalement chanté), à la fois drôle et touchant, une réalisation réglée au quart de tour et une distribution inspirée et irréprochable.

Jacques Demy de la robine, E. Roy a eu une idée de génie en faisant jouer l’auteur-compositeur-interprète Dany Placard dans le rôle de ce travailleur « profitant » d’une séparation récente pour remonter dans le ring de lutte de la ligue amateur du coin. Comme il a été dit plus tôt, les dialogues sont en grande partie chantés, Bleu Tonnerre (son nom de lutteur) ne pouvant s’ouvrir l’âme qu’en chanson. Ces morceaux, foutrement bien tournés, illustre avec une très grande efficacité le désir de ce gars de sortir de son trou, lui dont la voix est autrement réprimée. À cet effet, les dernières minutes du film sont parmi les plus prenantes produites dans les dernières années dans le court au Québec et la preuve qu’il est possible de faire un film « grand public » tout en ne prennent pas justement ce public pour un con.

Le court métrage est présenté en première québéoise dans le programme 1 à REGARD sur le court métrage au Saguenay les 12 et 15 mars

T’es pas game | Sandrine Brodeur-Desrosiers

Votre degré d’appréciation de T’es pas game dépendra de votre niveau de tolérance de ce jeune couple (Mathieu Hanfield et Virginie Ranger-Beauregard, charmants), qui passe une soirée à se lancer des défis idiots jusqu’à que les enjeux deviennent sérieux. Leurs frasques puériles les dévoilant comme des enfants à peine entrés dans l’âge adultes, ils ne vivent pas dans le déni de responsabilités que leur incombent la société et leur famille, mais sont simplement de bons vivants confortables dans une bulle qu’ils se sont construits par amour. En une dizaine de minutes, Sandrine Brodeur-Desrosiers décoche quelques belles répliques et démontre son talent de directrice d’acteurs, ce qui est déjà pas mal. Plus télévisuel que cinématographique par contre, un meilleur usage de la grammaire filmique aurait sûrement rendu l’ensemble plus stimulant.

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Le cycle des moteurs | Patrice Laliberté

Fils illégitimes de Beavis et Butt-Head, les deux protagonistes du Cycle des moteurs se paient une petite psychanalyse en relatant des événements marquants de leur enfance. Yannick se remémore la visite un été de son cousin, qui avait des hamsters « pas mal cool », Simon ses piètres performances lors de parties de baseball. La banlieue de Montréal (Blainville, pour être précis) dans l’œil de Patrice Laliberté a des airs de bout du monde texan rappelant les décors apocalyptiques des films d’Harmony Korine. Le cinéma québécois a toujours été fasciné par sa frange redneck, plus souvent sous le couvert de la comédie. L’approche ici est plus sensible, le titre du film ramenant au legs d’une mécanique carburant à la violence, d’abord subie, puis infligée, laissant au sortir de la projection un sentiment de tristesse devant cette jeunesse condamnée d’avance.

Souffler de la neige | Ann Arson

Loin d’être un chef-d’œuvre, Souffler de la neige a l’avantage de provenir d’un endroit sincère et honnête et d’être truffé d’idées sympathiques (le générique de début, le rapport que le personnage principal, déneigeur de fortune, entretient avec son vieux répondeur téléphonique). Bon. Il serait quelque peu malsain d’espérer des chefs-d’œuvre à chaque tournant, surtout quand au lieu on se trouve devant des vues qui évitent la plupart des écueils que leur genre présuppose. En ce sens, la réussite de ce film n’est que plus impressionnante. Si ce n’était de quelques clichés mièvres venant quelque peu gâcher l’ensemble, particulièrement cette voisine monoparentale jusqu’aux oreilles, mais joviale au point d’en être unidimensionnelle, nous pourrions lui imaginer une visibilité aussi grande que celle allouée à des films plus poseurs et cyniques, mais ô combien bien photographiés et/ou cryptiques (c.-à-d. ronflants prévisibles). Et il faut tout de même admettre qu’un film qui réserve un tel sort funeste à un petit chien croquant tout ne peut être totalement niais. Voici beaucoup de détours inutiles pour avouer que nous avons bien aimé ce film et que nous souhaitons à sa réalisatrice Ann Arson et à son scénariste Guillaume Lambert une fructueuse carrière future.

Drum de marde! | Pascal Plante

Un Kino, est-ce que ça se juge différemment? Compte tenu des contraintes, ou plutôt en les utilisant à son avantage, Pascal Plante a su livrer avec Drum de marde! une comédie sur un milieu riche en conflits fertiles, celui celui des groupes de musique qui mènent la vie dure. Au rythme effréné, possédant plusieurs bons gags, il nous fait assister à la répétition d’une formation punk vieillissante pognée, le titre l’indique, avec un drum de marde.

Étant donné que la comédie québécoise, comme il le fut mentionné plus haut, est bloquée mentalement en 2003, nous accueillons avec bienveillance toute proposition sortant des sentiers battus. En voilà une simple et  diablement efficace.

Cliquez ici pour visionner le film. Drum de marde est présenté dans le programme Tourner à tout prix à REGARD sur le court métrage au Saguenay le 14 mars 

Imelda | Martin Villeneuve

Il serait idiot de vouloir partir en croisade contre un film naïf comme Imelda. Se voulant une incursion sympathique dans la vie d’une octogénaire aimant piquer sa jasette sur des sujets aussi disparates que Bill Clinton et les Slim Fast, le court est d’une facture esthétique virtuellement irréprochable. Interprétée avec aplomb par Martin Villeneuve lui-même, rendant ainsi hommage à sa propre grand-mère récemment décédée, Imelda demeure tout de même une énigme dans le champ du court métrage québécois. Qu’il s’agisse en fin de compte d’un sketch interminable et modérément drôle des Appendices, ainsi soit-il, mais qu’autant de moyens fussent déployés afin de lui donner vie et que déjà est prévu son adaptation en long, produite par Nicole Robert de surcroit, il y a de quoi se gratter le sommet du crâne. Quand atteindrons-nous les limites de cette indécence nous poussant à produire n’importe quoi n’importe comment, au point où l’on se retrouve avec pratiquement deux nouveaux films québécois en salle chaque semaine?

Imelda’s Big Adventure? Non merci.

Le court métrage est présenté dans le programme 1 à REGARD sur le court métrage au Saguenay les 12 et 15 mars

Mynarski chute mortelle | Matthew Rankin

Cauchemar tempéré par les flammes d’un bombardier scindant la nuit en eux, cet objet filmique est l’un des plus bluffants qui nous fut donné de voir de mémoire récente. Interprétant un épisode de guerre héroïque survenu le 13 juin 1944, Mynarski chute mortelle rend moins hommage au célèbre soldat canadien, qui a sacrifié sa vie en tentant de sauver un semblable, qu’il aborde le plongeon et la désintégration comme possibles formels. Tout en superposant prises de vue numériques et travail sur pellicule, le jeune Rankin en profite pour rendre hommage à quelques cinéastes et films marquants du début du siècle, d’Eisenstein au Hell’s Angels de Howard Hughes, en passant par Méliès et par des clins d’œil au constructivisme russe et à l’expressionnisme allemand. Oui, c’est dense par moments, mais exécuté avec une telle maestria que nous ne pouvons que nous empresser de crier au chef-d’œuvre. Nous ne sommes pas les seuls à nous perdre en dithyrambes : le film vient de remporter pas moins de quatre prix lors du dernier gala Prends ça court!, dont la Coupe du court, et est nommé dans la catégorie Meilleur court ou moyen métrage de fiction au prochain gala des Jutra.

Le court métrage est présenté dans le programme 8 à REGARD sur le court métrage au Saguenay les 12 et 14 mars

Jason Béliveau

Jason Béliveau est directeur de la programmation pour l’organisme de diffusion d’événements cinématographiques Antitube à Québec. Membre de l’Association québécoise des critiques de cinéma, il est rédacteur en chef du Quatre trois depuis sa création en 2011. Il écrit également pour Spirale et participe à l’émission de radio Situation critique sur les ondes de CKRL.