Alan Turing, était un mathématicien de grande envergure. On lui attribue souvent le titre de père de l’ordinateur. C’est notamment grâce à la machine programmable qu’il a construite avec le soutient moral et financier de Churchill que les alliés seront parvenus à déchiffrer les messages codés des nazis pour ainsi mettre un terme à la Deuxième Guerre mondiale et sauver des millions de vies. Ce sera principalement sur cet épisode de la vie de Turing que le récit de The Imitation Game portera. En nous faisant voyager dans le temps à différentes époques de la vie de Turing, le réalisateur dressera un portrait à la fois haletant et poignant de la vie du scientifique : en 1927 pendant ses dures années à l’école, de 1939 jusqu’à la fin de la guerre alors qu’il fait ses preuves comme déchiffreur de code et statisticien puis en 1952 alors que sa maison est cambriolée et qu’il se fait arrêter après que l’enquête autour du crime mène à la découverte de son homosexualité, illégale en Grande-Bretagne à ce moment comme dans la plupart des endroits du monde.

Loin d’être un cours de mathématique, le premier film américain du réalisateur norvégien Morten Tyldum étant ce qu’il est, i.e. un film hollywoodien, est très facile d’accès, mais n’empêche tout de même pas aux cinéphiles avertis d’y trouver leur compte. The Imitation Game est un film d’une très grande sensibilité et parvient à traiter d’un sujet d’une indéniable importance historique avec le respect qu’il mérite. Bien que la mise en scène des toutes premières scènes du film semble très (trop?) formaliste, la narration gagne en finesse au fil du récit et le réalisateur laisse une place de plus en plus importante à ses acteurs qui sont magnifiques. Pour interpréter Turing, tant Benedict Cumberbatch que le jeune Alex Lawther, qui interprète le mathématicien à l’adolescence, font un travail exemplaire.

Plusieurs auront reproché au film de ne s’être intéressé que très en surface sur l’orientation sexuelle de Turing, mais chaque film que l’on fait sur l’histoire d’un homosexuel doit-il impérativement être un pamphlet s’affairant à militer contre l’homophobie pendant deux heures, où est-il possible aussi de nous laisser voir l’humain derrière l’homosexuel? En ce sens, The Imitation Game est peut-être l’un des tout premiers films hollywoodiens mettant en scène un gai pour une raison autre que le fait qu’il soit gai et à qui on attribut le titre de « grand homme » au lieu de le restreindre au titre de « grand homosexuel » comme si ceux-ci devaient impérativement faire classe à part. S’il n’adopte pas un style militant, le scénariste du film est quand même bien loin de faire l’apologie de l’homophobie en nous démontrant un homme dont la vie prendra un tournant horrible après être accusé et reconnu coupable de grossière indécence. Il nous fera même penser que son suicide est directement dû au traitement hormonal qui lui fut administré, alors que les opinions divergent sur le sujet. Cette version des faits reste la plus répandue, mais en s’intéressant davantage à l’histoire de Turing, on peut trouver d’autres hypothèses tout aussi valables qui expliqueront les circonstances de sa mort différemment.

Sur le plan sentimental, la relation entre le scientifique et sa fiancée (Keira Knightley) prend beaucoup de place, mais les épisodes relatant la complicité et la naissance des sentiments amoureux du jeune Turing envers son copain d’école sont d’une finesse rare et montrent avec brio le caractère tragique de ce personnage à l’esprit autant développé pour les mathématiques que pour appréhender le monde avec sensibilité. Bien que certains éléments du film peuvent faire décrocher le spectateur comme les deux courtes scènes où l’on montre la violence de la guerre en faisant l’usage d’un mauvais CGI, il est quand même facile d’oublier ces détails et de se laisser porter par ce récit d’une profondeur rare pour une production de cet acabit.

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