2014 fut une année riche (ce qui est paradoxal dans un contexte d’austérité). Cinématographiquement parlant, nous avons eu droit à un éventail varié, composé notamment d’œuvres rafraîchissantes de la part de cinéastes affirmés. Même si je n’ai malheureusement pas pu tout voir – on m’en excusera –, quantité d’œuvres se livrent une lutte acharnée pour demeurer dans le Top 10. Chaque nouveau film vu devient un concurrent potentiel qui peut en déclasser un autre. L’écart se resserre et la compétition est serrée, mais je crois que ce Top 10, très éclectique, témoigne d’une grande année de cinéma.

Films que je n’ai pas encore vus : Citizenfour, The Imitation Game, Gone Girl, Leviathan et Ida.

10. Mr. Turner

Le biopic de Mike Leigh sur le peintre William Turner pouvait facilement être d’un classicisme racoleur, une peu à la The Invisible Woman (2013) de Ralph Fiennes, ou d’une grandiloquence pompeuse à la Indochine (1992) de Régis Wargnier. Or, il n’en est rien. Le portrait qui est fait du peintre, pendant deux heures et trente minutes, est fascinant. De nombreuses scènes dépeignent habilement les conventions de l’époque, où des personnages absolument délicieux prennent vie grâce à un casting sobre, convaincant et judicieux.

9. Gloria

Ceux qui ont vu l’excellent film La Grande Bellezza de Paolo Sorrentino l’an dernier pourront retrouver ici quelques légères ressemblances. Mais oublions le glamour. Gloria est un film touchant, drôle et électrisant à propos d’une femme d’âge mûr (Paulina Garcia, fabuleuse) qui essaie, tant bien que mal, de débuter une nouvelle relation malgré les lourds bagages accumulés. Un film extrêmement rafraîchissant qui donne envie de danser sans retenue sur la chanson Gloria.

8. Boyhood

Outre l’expérience intéressante de filmer pendant 13 ans les mêmes comédiens que l’on voit grandir, vieillir et changer, Boyhood possède la touche Linklater. Le réalisateur, qui n’est pas étranger au fait de retrouver la même équipe à des années d’intervalle, filme les relations humaines comme personne. L’effet produit est puissant : on s’attache à ce garçon que l’on voit grandir, avec une étrange nostalgie. C’est comme si on visionnait, en l’espace d’une soirée, tous les films de famille qui s’empoussièrent dans le meuble du salon chez les parents.

7. Whiplash

Miles Teller et J. K. Simmons forment un duo élève-maître explosif dans ce film très bien maîtrisé. Le rythme effréné, le crescendo dramatique, la caméra et la musique qui sont au diapason contribuent au succès de ce film brillant et qui adopte une formule extrêmement catchy.

6. Only Lovers Left Alive

Tilda Swinton et Tom Hiddleston brillent dans le rôle de vampires des temps modernes, désillusionnés et empreints d’une constante lassitude. Le spleen qui enveloppe ce film instaure une ambiance vaporeuse et enivrante. On sent le mal du siècle qui dure depuis longtemps et qui pèse sur ces amoureux, qui errent dans les ruines modernes de Détroit au son d’une musique rock expérimentale. Magnifique.

5. Birdman

Iñárritu drôle et cinglant ? Impossible ? Birdman est l’éloquente preuve du contraire. Un film dont les pirouettes visuelles à la The Rope et le casting impeccable ne laissera personne indifférent. Une critique amère et pourtant séduisante du monde du spectacle et du cinéma, dont on savoure chaque moment.

4. Mommy

Le film québécois qui a le plus fait parler de lui cette année, et avec raison. Un trio de comédiens attachant et mené de main de maître par le réalisateur qui m’a finalement conquis avec ce film, qui est encore meilleur que tout le bien qu’on en dit déjà. Tant pis s’il n’est pas aux Oscars. Mommy possède une fougue et une force brute qui bouleverseront les plus roughs et les plus toughs.

 3. The Grand Budapest Hotel

Comment se renouveler tout en demeurant fidèle à soi-même ? Anderson est parvenu à trouver une savante formule dans son dernier film. On retrouve certes les touches visuelles et musicales qui faisaient le charme (ou le malheur) de ses autres films, mais le réalisateur propose également au spectateur un récit enlevant, vigoureusement soutenu par une famille d’acteurs dont la chimie transperce l’écran. Du plaisir à l’état brut.

2. Jodorowsky’s Dune

Un documentaire immersif et envoûtant, qui nous transporte dans l’incroyable aventure du plus grand film jamais réalisé. La légende entourant le film Dune perdure depuis longtemps et le documentaire parvient à faire ressentir au spectateur ce qu’aurait pu être cette œuvre cinématographique. Un voyage délirant qui retrace méticuleusement les étapes de ce projet qui ne verra jamais le jour.

1. Under The Skin

La surprise de l’année. Ce film possède une force hypnotique qui opère dès la séquence d’ouverture. Visuellement, les images brumeuses de l’Écosse instaurent une atmosphère mystérieuse qui donne le ton. Les scènes marquantes où Scarlett Johansson attire ses proies dans un espace maculé confirment la puissance des  matériaux d’expression du cinéma. Il s’agit d’une expérience cinématographique en soi, à mi chemin entre le film d’art et le film de science-fiction. Contemplatif, troublant, d’une beauté et d’une cruauté indéniables.

Maxime Labrecque est doctorant et chargé de cours au département d’études cinématographiques de l’Université de Montréal. Ses recherches portent principalement sur le phénomène du film choral, dans une perspective interdisciplinaire. Il est membre de l’AQCC et rédacteur pour la revue Séquences et Le Quatre Trois depuis quelques années. En 2015, il a été membre du jury au Festival du Nouveau Cinéma et à Fantasia