Basé sur le livre autobiographique Le Second Souffle de Philippe Pozzo di Borgo, le film français Intouchables est sans conteste le feel good movie par excellence avec plus de 300 millions de dollars amassés au box-office mondial, un record pour film tourné dans une autre langue que l’anglais.

Comment peut-on résister à une histoire aussi touchante, belle et débordante d’humour? La réponse est simple : on ne le peut pas, du moins pas complètement, surtout quand cette intrigue est portée par un duo incroyable. En effet, la principale force du film est l’interprétation magistrale de François Cluzet en millionnaire tétraplégique et de Omar Sy en bum repentant de la cité. Performances d’ailleurs saluées aux Césars 2012 par la nomination des deux comédiens dans la catégorie du meilleur acteur, alors que Omar Sy a remporté le trophée contre le favori Jean Dujardin pour son rôle dans The Artist. L’humoriste est absolument parfait dans le rôle de Driss, ex-taulard déluré, qui veut seulement avoir ses papiers pour toucher de l’aide financière. Le voyou sera drôlement surpris quand le richissime Philippe (François Cluzet), blasé et paralysé de corps et d’esprit par l’attitude protectrice de son entourage, décide de l’engager pour être son aide-soignant. Les deux hommes vont devenir amis en bouleversant respectivement la vie de l’autre.

Mais le film est loin d’être un chef-d’œuvre, car la réalisation est inégale et les intrigues secondaires légèrement escamotées. Les superbes scènes du film sont entrecoupées, par des scènes plus faibles et parfois très clichées. Comme les scènes avec la fille de Philippe (Cluzet), qui sont d’une banalité et d’une inutilité, puisque le personnage ne nous est jamais présenté clairement et qu’il n’a pas d’impact dans le déroulement de l’intrigue centrale. Ça m’a donné la drôle d’impression que l’adolescente était seulement présente dans le film pour respecter le fait que dans la vraie vie le tétraplégique-aristocrate a une fille. C’est la même chose pour les quelques scènes de famille du personnage de Driss, elles n’apportent absolument rien à l’évolution de leur amitié. Sans compter les scènes accélérées en fondu enchainé qui nous perdent dans une chronologie assez douteuse, il est donc difficile de savoir avec certitude si une semaine ou deux mois se sont écoulés durant ces séquences. D’autres petits moments dans le film nous laissent avec le sentiment qu’ils sont uniquement là pour meubler le film avec un peu plus d’humour, sans rien ajouter de pertinent aux personnages ni à l’histoire.

De plus, je suis resté avec l’idée que quelques scènes ont été coupées au montage, comme s’il manquait un ou deux éléments pour bien saisir une situation évoquée à plusieurs reprises dans le film. Olivier Nakache et Éric Toledano, les scénaristes et réalisateurs, auraient peut-être dû concentrer le film sur l’amitié grandissante des deux hommes plutôt que de se perdre dans leur vie intime et sentimentale, car les deux personnages étaient assez bien campés qu’il n’était nullement nécessaire d’approfondir autant sur leur vie respective.

Intouchables est une comédie rafraichissante qui nous permet de passer un agréable moment, sans toutefois nous marquer à vie. Le film ne devrait pas devenir un classique du cinéma français, ni même américain, puisque nos voisins du Sud ont déjà l’intention d’en faire un remake.

Pier-Hugues Madore