Cela semblait prévisible ce choix de faire le dernier volet de la saga en deux parties, mais voilà. The Hunger Games: Mockingjay – Part 1 est un film de transition, une longue introduction à la finale qui nous place dans l’attente de quelque chose qui ne vient jamais. Dans l’attente d’une énergie et d’un rythme dans l’histoire, qui est au final toujours à deux doigts de nous accrocher pleinement.

Katniss Everdeen, rescapée par les rebelles lors de l’expiation, se trouve dans le District 13. La présidente lui demande d’être le symbole de la rébellion et d’endosser le rôle du geai moqueur. En échange, des efforts seront déployés afin de sauver Peeta du Capitole, qui s’en sert comme d’une arme pour déstabiliser Katniss et les habitants de Panem. Pendant ce temps, des soulèvements se produisent dans les districts afin de se rallier contre l’ennemi commun.

Ce qui est le plus intéressant dans la première partie de ce troisième volet, c’est la maturité dont le film fait preuve dans plusieurs aspects. L’atmosphère est terreuse et angoissante, à l’image du District 13 qui se trouve complètement sous terre. La psychologie des personnages est plus travaillée que dans les films précédents et la caméra les scrute attentivement. Certaines images contiennent une violence assumée et une gravité palpable. Le réalisateur n’a pas épargné le spectateur en montrant les conséquences destructrices de la révolte. Aussi, on sent bien la tension entre la quête personnelle de Katniss et celle collective qu’on lui impose presque malgré elle. C’est probablement ce qui fait toute l’intelligence, toute la complexité de ce personnage et de l’actrice qui l’incarne. Cet aspect est d’ailleurs cristallisé dans une scène fascinante dans laquelle Katniss chante et que ses paroles se joignent à celles des habitants de Panem. Certains personnages secondaires s’en sortent bien aussi, comme Effie Trinket, charmante dans sa superficialité et sa naïveté. Surtout quand elle explique que le vintage réfère aux vieilles choses qui reviennent à la mode et prend l’exemple de la démocratie.

Toutefois, cette maturité vient avec une sobriété et un statisme qui colle peu avec l’idée de révolte, pourtant centrale dans le film. Cette agitation liée à la rébellion, on la retrouve et la ressent à très peu de moments. La mise en scène est amorphe et élaborée avec trop de retenue, presque de façon schématique. L’histoire s’étire alors qu’elle gagnerait à être resserrée pour enlever l’impression que les informations sont plaquées dans une série de tableaux. En s’éloignant parfois de l’essentiel et du pertinent, le réalisateur empêche la perception d’une gradation dans les événements menant à la révolte.  Il y a également quelque chose de très simpliste, voire puéril, dans la façon d’aborder la propagande en confrontant le personnage principal à son district en ruines, faute de talent pour le jeu. De ce fait, plusieurs scènes sont maladroites et trop forcées dans leur exécution. Un déséquilibre est donc omniprésent, ce qui n’aide pas au sentiment de longueur du film.

Le film de Francis Lawrence demeure tout de même appréciable et promet une deuxième partie intense. Mais le film en soi manque de consistance et surtout, de singularité. Ce qui est malheureux puisque l’on sait le cinéma capable de beaucoup plus.

Isabelle Dion

Isabelle Dion fait présentement une maîtrise en cinéma à l’Université Laval et s’intéresse aux représentations queer dans le cinéma de Pedro Almodóvar et de Gregg Araki. Elle participe également à un projet de recherche portant sur la figure du cyborg dans l’œuvre de Lynn Hershman Leeson (dirigé par la professeure Julie Beaulieu).