Saint Laurent | Bertrand Bonello | France | 150 min

Les combattants | Thomas Cailley | France | 98 min

Party Girl | Marie Amachoukeli, Claire Burger & Samuel Theis | France | 95 min

Diplomatie | Volker Schlöndorff | France/Allemagne | 88 min

Saint Laurent | Bertrand Bonello | France | 150 min

Saint Laurent, dernier film de Bertrand Bonello, cinéaste qui ne demande plus à être présenté, marque l’arrivée d’un second film sur la vie de Yves St-Laurent à sortir en seulement quelques mois. Le film se déroulera surtout sur une dizaine d’années à partir de 1967 tout en faisant quelques sauts en avant pour nous faire vivre les derniers jours de la vie du grand manitou de la mode. Avec sa structure déjantée, Bonello nous montre un portrait explosif et magnifique de la vie de St-Laurent, on pourrait même dire que ce film est une ode à la vie en général.

Un peu à la manière de Resnais avec son Stavisky, le cinéaste à recours au biopic dans une véritable intention de tout de même nous offrir une vision d’auteur sur son sujet et, ici, Bonello est un fin écrivain. Son esthétisme rappelle étrangement l’œuvre de Pasolini et ce à un point tel que parfois on se demande s’il s’agit bel et bien d’un film sur St-Laurent ou sur le poète italien. Le recours au Kommt, ihr Töchter  helft mir klagen de la Passion de St-Mathieu de Bach, œuvre qui revient souvent chez Pasolini, et l’amour de St-Laurent pour Maria Callas ne fera par la suite que renforcer cette impression. Sans vouloir faire de mauvais jeu de mots, on pourrait dire que Bonello nous montre un St-Laurent sous toutes ses coutures, en dépeignant son travail de créateur et ses pulsions (auto)destructrices, ses élans de gentillesse et de méchancetés.

Il livre l’un des films les mieux cadrés et montés de l’année. La grandiloquence et l’angle audacieux des prises de vues de ce film semblent tout à fait justes pour représenter la vie mirobolante de St-Laurent. L’audace ne manque souvent pas aux jeunes cinéastes d’aujourd’hui, mais la différence ici c’est que Bonello en fait usage avec une subtilité fine et ne donne pas l’excessif, sauf peut-être à quelques reprises notamment lorsque l’on nous présente un défilé de mode sous de multiples angles de vue présenté en une sorte de mosaïque référant à Mondrian. Alors que nous sommes d’ailleurs à une tout autre époque dans l’œuvre de St-Laurent. Même si le film semble avoir envie de s’essouffler en seconde partie où la vieillesse et la maladie remplacent les fêtes et la drogue, il ne manque pas de captiver l’attention de son spectateur du début à la fin. *** 1/2 (Olivier Bélanger)

Les combattants | Thomas Cailley | France | 98 min

Dans Les combattants, Adèle Haenel interprète Madeleine, une fille d’action qui s’entraîne comme une défoncée pour s’assurer d’avoir toutes les compétences requises pour parvenir à survivre dans un monde où la civilisation sous sa forme actuelle cesserait d’exister. Arnaud (Kevin Azaïs) est un jeune charpentier en voie de reprendre les affaires de son père récemment décédé, mais fait la rencontre de Madeleine, qui, malgré le fait qu’elle sera très froide avec lui, l’envoûte. Il parviendra à se rapprocher d’elle et lorsqu’elle s’en ira pour suivre un entraînement militaire intensif et décidera de tout laisser derrière lui pour la suivre. Suivront toutes sortes d’aventures où finalement ce sera Arnaud qui parviendra le mieux à s’adapter au milieu de l’armée puisqu’Adèle éprouvera beaucoup de difficultés à travailler en équipe et à accepter certaines absurdités que lui enseignera son lieutenant. Arnaud cherchera toutefois à l’aider, mais en refusant ses services, Madeleine se mettra encore plus dans l’embarras.

À mi-chemin entre le cinéma d’auteur et la comédie populaire, ce premier film de Thomas Cailley est un petit bijou d’humour qui tire son efficacité de son montage parfaitement rythmé et de la très grande qualité du jeu d’acteur de ces deux principaux protagonistes. La force de son scénario et l’absence totale de fausses prétentions du réalisateur donnent comme résultat un film très rafraîchissant qui saura plaire à tous. Nul ne saurait être charmé par la relation qu’entretiennent Arnaud et Madeleine. S’il ne s’agit probablement pas du meilleur film de l’année, il en reste que Les combattants est un film qui fait du bien et sait divertir sans abrutir. *** 1/2 (Olivier Bélanger)

Party Girl | Marie Amachoukeli, Claire Burger & Samuel Theis | France | 95 min

Party Girl nous amène dans l’univers d’Angélique (Angélique Litzenburger), une danseuse de cabaret qui se fait demander en mariage par Michel (Joseph Bour), l’un des clients du bar. Après s’être esclaffée face à la demande, elle finira par accepter malgré les avertissements de ses collègues, puisqu’elle le trouve son prétendant bien « gentil ». Elle quittera ainsi sa vie de cabaret pour s’installer avec Michel dans un petit appartement. Tout au long du film nous suivrons Angélique dans l’organisation de son mariage, de sa vie de couple et dans la réorganisation de sa cellule familiale avec le retour de sa plus jeune fille, Samantha, qui lui avait été retirée par le gouvernement. Cette dernière viendra passer la semaine chez Angélique pour son mariage.

Filmés entre l’Allemagne et la France, les personnages alterneront constamment entre les langues de ces deux pays. C’est avec une approche plutôt documentarisante que le spectateur sera convié à suivre Angélique pendant ce moment de transition entre une vie — qui lui plaisait pourtant — et toute autre chose. Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis filment leur sujet avec sobriété en caméra à épaule d’une façon très peu originale, mais leur style fait tout de même preuve d’une certaine efficacité. C’est avec une grande sensibilité que les cinéastes nous font découvrir le récit peu commun de cette femme qui, sur un coup de tête, décide de se « ranger », non pas parce qu’elle en a envie, mais peut-être pour répondre à une certaine pression sociale ou familiale qu’elle se met sur les épaules pour de se racheter face à ses manquements, dans l’espoir de réparer ses erreurs du passé. *** (Olivier Bélanger)


Diplomatie | Volker Schlöndorff | France/Allemagne | 88 min

Volker Schlöndorff est certainement l’un des cinéastes ayant le plus de respect pour l’histoire et particulièrement celle de la Seconde Guerre mondiale. Allemand, mais résidant en France lors de la guerre, il a toujours eu cette position privilégiée dans laquelle il parvient à avoir un regard détaché tout en étant fortement sensible à la situation des Allemands et à celle des Français. Son point de vue est moins patriotique — comme la plupart des films historiques — que poétique ; il s’attaquera toujours à la violence de la guerre plutôt qu’aux peuples qui la subissent ou la répandent.

Après en avoir fait pleurer plus d’un au FFM en 2012 avec La mer à laube, Schlöndorff nous présente cette fois-ci un autre grand film, mais la sévérité du sujet ne l’empêchera pas d’adopter un ton un peu plus ludique. Adapté d’une pièce de théâtre de Cyril Gely, Diplomatie nous raconte l’histoire de la nuit où la ville de Paris a failli être anéantie à la demande d’Hitler qui ne pouvait tolérer de la perdre aux mains des alliés, d’autant plus que la capitale nazie, Berlin, était alors détruite dû aux multiples bombardements et qu’il lui aurait été insupportable de remettre la Ville lumière intacte à ses ennemis. Le consul de Suède, André Dussolier, se rend chez le Général Von Choltitz, Niels Aestrup, grâce à une porte cachée dans ses appartements. Il essaiera de convaincre ce dernier, chargé de mettre les plans d’Hitler à exécution, qu’il serait complètement insensé de commettre un tel crime.

Brillamment interprété par deux acteurs qui étaient déjà familiers avec le texte, ayant déjà joué la pièce ensemble à plusieurs reprises, Diplomatie s’impose comme étant l’une des meilleures adaptations de texte écrit pour le théâtre des dernières années. La mise en scène est plutôt sobre et laisse le plus de place possible à l’excellent texte sans toutefois s’effacer complètement du tableau. Comme toujours, Schlöndorff, bienveillant, restitue brillamment l’histoire à son spectateur et nous offre un film aussi touchant que divertissant du début à la fin. ***1/2 (Olivier Bélanger)