Y a-t-il quelque chose à sauver de ce film? Notre thèse sera qu’il n’y a rien.

Difficile, de prime abord, de distinguer un sujet, dans cette heure et demie. Le suicide? Un fait donné comme accompli ou non, une peine, un remord ou un deuil vécu ou non, mais jamais nous n’approcherons un tant soit peu de l’émotion, de la vie intérieure des personnages : les larmes, l’évitement, le saut, la confession, ne sont que des « donnés ». Ce problème, grave pour un film tentant de nous faire entrer dans le souffle d’un jeune, est le même pour tous les sujets frôlés par le film de Christophe Cousin. Le père absent explique la haine du remplaçant, l’accident explique le remord et la violation de la vie privée, la fille avec qui Victor se rapproche est expliqué… par absolument rien, en fait!, tout comme la relation œdipienne sortie de nulle part qui nous rappellera que, dans le genre « ambiguïté avec la mère », Mommy de Xavier Dolan raconte avec sensibilité, avec intelligence cinématographique et scénaristique ce que 2 temps 3 mouvements n’aborde même pas au dixième du tiers et de façon tout à fait incongrue. Tout est achevé, dans le film de Cousin, rien n’est construit.

Les dialogues sont minimaux, les personnages esquissés – même le protagoniste, ce qui est un prodige, compte tenu du minutage qu’il occupe à l’écran –, et dans un délire d’imitation, le réalisateur s’est dit qu’il pourrait faire à la mode de chez nous de longs plans de pas grand-chose pour laisser l’audience penser, réfléchir l’image, et y découvrir, émerveillée, le Sens. Seulement, n’est pas Le Démantèlement ou Tu dors Nicole qui veut : où il y a un souffle, un soubassement qui relie l’ensemble dans plusieurs « contemplatifs » québécois, il n’y a pas l’once d’un soupir dans les longues et plates et « belles » images de 2 temps 3 mouvements – sinon le soupir du critique, agonisant à l’idée que ç’ait pu traverser tous les garde-fous jusqu’à la projection.