Il y a bientôt six mois qu’Alain Resnais, cinéaste de la rive gauche, nous a quittés. Instigateur de l’équivalent cinématographique du nouveau roman, il aura adapté Duras et Robbe-Grillet avec Hiroshima mon amour et L’année dernière à Marienbad, films à qui Resnais doit sa gloire. Comme pour Welles avec son Citizen Kane, certaines mauvaises langues diront que le cinéma de Resnais n’aura jamais été à la hauteur de ces premiers deux grands succès, mais c’est mal connaître l’œuvre de ce grand homme qui, avec des films comme Muriel, Providence, Mon Oncle d’Amérique et Les herbes folles, n’aura jamais fini de se renouveler et de grandir, ou plutôt de rajeunir, car son œuvre n’a cessé de s’éclaircir au fil des années en cherchant à offrir une certaine résistance face au vieillissement et à la mort.

C’est dans les années 80 que cette résistance se fera plus sentir lorsque Resnais commencera à réaliser des films sous une forme essentiellement théâtrale, la majeure partie du temps tournée en studio avec sa troupe d’acteurs qui ne variera généralement que très peu d’un film à l’autre. Ces adaptations théâtrales de Resnais s’opposeront aux dures réalités de la vie (la mort étant sans doute la plus dure de celles-ci) en optant pour le ludique. Comme l’a si bien mentionné Jacques Mandelbaum dans son ultime hommage au cinéaste publié dans Le Monde, Resnais contournera les douleurs de l’âme en se jouant de celles-ci. Se voyant vieillir, Resnais    se mettra d’une certaine façon en scène comme mort dans Vous n’avez encore rien vu pour que sa « troupe » vienne lui rendre un ultime hommage. Dans Aimer, boire et chanter, adaptation de la pièce Life of Riley d’Alan Ayckbourn, on pourrait aussi penser que le cinéaste incarne ce Riley, mourant, que l’on ne verra jamais à l’écran, mais qui se plaît à réorganiser la vie de ses proches tout comme le cinéma peu avoir lui aussi le même type d’influence que celle d’un ami sur son spectateur.

Lorsqu’un groupe d’amis faisant partie d’une même troupe de théâtre en préparation pour une nouvelle pièce apprend la nouvelle que l’un de leurs amis communs, George Riley, est gravement malade et n’aurait que quelques mois à vivre, ils sont tous bouleversés. Au même moment, ils apprendront que l’un des acteurs de leur pièce les abandonne et décideront d’inviter Riley à se joindre à eux. Tout tourne autour de ce personnage qui ne fait partie du film qu’en pensée puisqu’il n’y apparaîtra jamais. C’est Riley qui va générer la majorité des évènements du film, notamment en faisant renaître des souvenirs d’amour le concernant lui et certains personnages qui viendront créer la discorde. Le film est d’une légèreté et d’un humour fins et attrayants et le concept d’adaptation est intéressant, filmé en studio avec des décors constitués de longues bandes de tissus peints et superposés permettant ainsi aux personnages d’entrer et de quitter la scène sans entrave. C’est dans l’exécution que le film s’avère décevant. Le jeu des acteurs est inégal et l’on se perd un peu en essayant d’interpréter les changements de ton progressifs peu justifiés. Au final, on a beaucoup de difficulté à sentir la présence sur le plateau de Resnais qui nous avait habitués à des mises en scènes beaucoup plus développées, mais le film vaut quand même la peine, ne serait-ce que pour la qualité du texte. Le film semble consister davantage en une sorte de post-scriptum à la grande carrière de Resnais plutôt que l’une des œuvres qui marquera sa carrière.

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