Le film débute à Paris avec la confirmation de Chagall comme un grand artiste lorsqu’il apprend que son œuvre sera exposée à Berlin. Ses amis lui « offrent une femme » en récompense, mais il la refusera, car sa Bella l’attend en Russie. Celle-ci est courtisée par Naum, un ami d’enfance de Chagall, qui sera durement rebuté dans ses tentatives de conquête au retour de l’artiste. Au moment où Chagall se marie, la guerre éclate et le couple ne sait trop où aller, ils erreront un peu partout en Russie, mais finiront par retrouver leur ville d’origine, où Chagall souhaitera recréer un Paris miniature; un pôle artistique avec une grande école d’art et un musée. Il fera venir Malevitch, une autorité dans le monde de l’art avant-garde et leurs visions différentes de l’art seront célébrées par Chagall, mais créera des frictions entre les différents groupes de jeunes artistes.

Le récit est construit autour de deux « antagonistes » de Chagall que lui, naïvement, verra comme des amis. Son ami Naum, devenu haut placé dans l’armée, l’aidera avec ses projets, mais sa présence commencera à nuire et ce dernier commencera lui aussi à vouloir se débarrasser de Marc pour éventuellement obtenir Bella. Malevitch deviendra lui aussi un obstacle à ses desseins de musée et d’école, car ses étudiants et lui s’agiteront et les discours de l’artiste sur sa volonté de renouer avec ce qu’il appelle « Dieu » dérangeront fortement les autorités révolutionnaires. Chagall sera souvent vu comme le responsable des débordements de Malevitch.

Dans ce film, Alexandr Mitta, cinéaste de longue date, mêle réalisme magique et mélodrame avec beaucoup d’aisance et d’audace. Son style est très conséquent avec l’art de Chagall dans son désir d’élévation avec sa luminosité et ses scènes fantaisistes. Le réalisateur fait preuve de beaucoup de témérité en s’amusant à mettre différents filtres de couleurs dans ses plans et en animant des formes de couleurs à l’écran lorsque Malevitch, avec son style « suprématiste », une forme de futurisme qui, sous « l’art de la forme la plus simple, veut connecter la terre et le cosmos », explique ses idées de grandeurs.

Chagall dans le film voit le monde et la vie d’une façon outrageusement positive et est tout le temps en train de rêver. C’est Bella qui tentera de garder les pieds sur terre pour lui et prend de multiples risques pour l’aider à accomplir ses désirs de grandeurs et sauver les meubles à plusieurs occasions pour son amoureux qui n’a jamais vraiment conscience des risques qu’il court ou des gens qu’il met en danger. Bella est une résistante, mais Chagall lui semble présenté comme une personne niaise qui vit dans le déni total de la situation désastreuse de la guerre et de la violence dictatoriale du régime révolutionnaire. La représentation du peintre par Mitta frôle parfois la parodie, et c’est là que le film peut déranger, mais le résultat final reste un bel hommage à Chagall et aux tenants de l’art en Russie.