Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais ce fut vraiment un été difficile pour nous. Si vous connaissez quelqu’un qui dit que l’été est la saison par excellence pour les cinéphiles, c’est un menteur, parce que cette année nous avons eu droit à un été long, ennuyeux, déprimant et passant de déception en déception. Oh oui, maintenant vous pouvez aller voir de bons films comme Snowpiercer, Boyhood et peut-être Guardians of the Galaxy, mais nous avons quand même dû survivre dans le désert pendant trois mois, un constat qui s’applique aussi à notre cinématographie. La saison estivale a été particulièrement dure pour les amateurs de cinéma québécois, non seulement parce que les propositions étaient mauvaises, mais parce qu’elles étaient encore pires. Qu’on le veuille ou non, nos espoirs déçus sont venus s’abriter sous la dernière superproduction québécoise de l’été, le plus récent film de Ricardo Trogi 1987 et la suite à son film précédent, 1981. Ça ne serait peut-être pas un très grand film, mais il pourrait tout de même s’avérer un divertissement honnête qui nous sortirait de notre profonde apathie cinématographique. Hélas, même s’il ne suit pas le ratage complet de La Petite Reine ou de Le Vrai du faux, force est d’admettre que 1987 est une œuvre décevante, non pas nécessairement en tant que film québécois de l’été, mais surtout en tant que suite à 1981.

1981 n’était peut-être pas un excellent film, et maintenant que le paysage cinématographique québécois a changé, il n’y a pas vraiment de raison pour y revenir, mais il avait tout de même ses qualités : des acteurs auxquels on avait donné beaucoup de place pour s’échanger des répliques bien écrites, un scénario, bien qu’anecdotique, assez proche de la culture populaire de son époque pour être intéressant et des personnages attachants qui avaient une bonne chimie entre eux. Le film se permettait aussi une certaine créativité qui donnait des scènes aussi étranges que mémorables, comme la toute première qui se déroule en Italie pendant la Deuxième Guerre mondiale. Tous ces éléments sont absents, ou au moins profondément amputés dans 1987.

Un bon point de départ serait sûrement la différence entre le Ricardo Trogi de 1981 et celui de 1987. Dans le premier film, on se trouvait avec un enfant de 11 ans, naïf face questions fondamentales de la vie, mais qui en discute quand même, de manière maladroite et facile à rattacher à nos propres expériences. Le Ricardo est 1987 est tout aussi naïf, mais par rapport à la société matérialiste qui l’entoure, et ses intérêts en deviennent superficiels. Ainsi, on se retrouve avec un personnage principal aux rêves et aux intérêts assez ennuyeux et qui devient de plus en plus dur à aimer à travers le film, surtout lorsqu’il commence à voler des radios de voiture. Cependant, un personnage superficiel à la morale douteuse ne le rend pas automatiquement détestable et impossible pour apprécier le film. Il y a une manière de les écrire : ils peuvent avoir une approche très authentique et proche de la jeunesse dans ses gestes et ses mots, ils peuvent s’épanouir par la seule force de leur personnalité ou ils peuvent être si bien écrits qu’ils deviennent tout de suite attachants et faciles à citer dans leurs dialogues. 1987 ne fait partie d’aucun de ces groupes; ses personnages sont coincés dans un milieu inconfortable, ne sachant pas trop quoi faire ou quelle direction prendre. On pourrait dire la même chose de l’humour du film : les blagues ne tombent pas complètement à plat dès le départ, mais elles commencent et ne savent jamais vraiment où aller, s’étirant trop longtemps pour engendrer des réactions. Et c’est là qu’on peut résumer le gros problème de 1987 : on n’a pas l’impression que c’est un film fait pour les adolescents, pour ceux qui traversent cette période de leur vie, on a l’impression que c’est un film fait pour des gens dans la quarantaine qui veulent se rappeler leur adolescence. Peut-être que certaines scènes vont vous rappeler des souvenirs si vous êtes de l’époque, mais si ce n’est pas le cas, le film n’a presque aucun impact.

Ce qui est particulièrement dommage avec le personnage de Ricardo et pour le spectateur, c’est qu’il est en tout temps entouré de personnages plus intéressants que lui. Son père qui veut l’aider, mais qui est soudainement confronté à la déception de son fils, sa sœur rock qui s’isole de la famille constamment, son ami timide qui n’a jamais eu de blonde, même la cochonne de l’école qui sort avec des gars du CÉGEP, tous ces personnages offrent des trames narratives beaucoup plus intéressantes que celle qu’on est obligé de suivre et d’apprécier, même après toutes les scènes qui présentent le jeune Ricardo comme étant un être méprisant. Et quand Ricardo finit par trouver une trame intéressante, une rédemption qui humanise son personnage… le film se termine. Tout ce qui nous reste, ce sont des fractions de personnages et des opportunités manquées.

Bien sûr, le film n’est pas complètement mauvais. On sent une complicité entre les quatre jeunes acteurs masculins qui se manifeste dans leurs échanges, même si elle n’est pas assez exploitée durant le film et que deux de ces amis sont relégués à l’arrière-plan. Mais il y a aussi la scène où le groupe d’amis rentre enfin au Dagobert, filmée au ralenti à travers les lumières avec Forever Young qui joue en même temps, une pause dans le rythme du film qui s’avère être sa meilleure scène. Quoi qu’elle est un peu similaire avec une autre scène de danse dans un bar filmée au ralenti avec plein de lumières et une chanson des années 80 qui joue en même temps, dans un film réalisé par un certain Xavier… Xavier quoi déjà? Anyway, Xavier quelque chose.

Comme son réalisateur aujourd’hui, 1987 semble statique, sans direction, dépassé par le monde qui l’entoure. La société québécoise a beaucoup changé depuis la fin des années 80, mais le cinéma québécois a aussi beaucoup changé depuis Québec-Montréal il y a 12 ans, et encore plus depuis la sortie de 1981 il y a presque 5 ans. On peut voir à travers le film tous les chemins qu’il aurait pu emprunter pour se sortir de son caractère superficiel, ce qui rend cette déception bien amère. Parce que la jeunesse n’est pas quelque chose qui se voit, c’est avant tout quelque chose qui se sent.

 

Vincent étudie à l’Université de Montréal après avoir survécu à la banlieue de Québec, non sans séquelles. S’il est fou, il est fier de l’être.

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