On peut jouer les éternels optimistes devant ce genre de film, à la recherche de ce quelque chose, de cette petite étincelle difficile à expliquer, mais qui nous charme. Joséphine étouffe cet espoir en nous servant un amalgame de situations ternes dans une mise en scène aseptisée, campées par des personnages vidés de toute personnalité.

Joséphine, une femme à l’aube de la trentaine et fortement complexée, cherche mal l’amour, au désespoir de ses proches. À l’annonce des noces de sa sœur, elle invente sur un coup de tête son propre mariage avec un riche chirurgien brésilien. Ce mensonge prend alors une ampleur démesurée dans sa vie personnelle et professionnelle. Lorsque sa famille la croit au Brésil, elle se terre chez elle et apprend à connaître une nouvelle facette d’un collègue de travail qui reste temporairement chez elle. Entre les mensonges incontrôlables, un amant du samedi et le mariage de sa sœur, Joséphine tente maladroitement de remettre de l’ordre dans sa vie.

Le film de la réalisatrice française Agnès Obadia, qui s’inspire de la série de bande-dessinée de Pénélope Bagieu portant le même nom, accumule les maladresses. De la toute première image au générique de fin sur fond rose. À commencer par la voix off  du personnage principal, qui se présente dans une superficialité et une naïveté navrante, dans un concentré de clichés. Elle met aussi l’emphase sur le personnage de Gilles, son patron prévisible dont on se doute déjà qu’il sera l’heureux élu. Le film est ainsi marqué par une grande prévisibilité et comme de fait, la première scène est celle de la fin et ne gagne qu’un parapluie couvrant un baiser sous la pluie.

Les personnages sont typés, fades, des enveloppes presque vides. Ils sont descriptibles en quelques mots, sans nuances. Joséphine est une jeune femme naïve et maladroite en quête d’amour, accompagnée de trois amis aux caractéristiques bien distinctes : la rationnelle, la belle délurée et l’homosexuel fêtard. Gilles est le garçon « chiant comme la pluie », « trop sweet », qu’on ne remarque pas. Voilà qu’il se trouve être un excellent cuisinier, doux avec les enfants et un amoureux de Woody Allen. La check list est complète, il est l’homme de sa vie. Il y a aussi le fameux chat, Brad Pitt, le compagnon fidèle de Joséphine. Pas si fidèle que ça, puisqu’il tente de dénoncer la présence de Joséphine dans l’appartement à plusieurs reprises. Sans blague.

Ce qui dérange le plus dans ce film, c’est l’inégalité avec laquelle l’histoire du film est développée. Les premières scènes sont légères et d’une superficialité que l’on sent assumée. Des fesses disproportionnées de la jeune femme aux relations de travail simplistes, passant par les sites de rencontre et le magasinage impérieux. C’est alors que d’autres moments offrent une certaine profondeur dramatique. Les rapports humains tendent à se complexifier, mais redeviennent vite fonctionnels. Certaines scènes tombent facilement dans l’impertinence et le grotesque, comme ce moment étrange vers la fin où Woody Allen et un ours (?) dansent à la fête déguisée du bureau. Le film est construit sur un équilibre boiteux, sans tonus. Une inégalité se perçoit également dans le jeu de Marilou Berry qui incarne Joséphine. Elle balance, elle aussi, entre un naturel presque sympathique et une exagération dérangeante.

La relation entre les deux sœurs, le duo parfait et imparfait, s’avère être le seul véritable attrait du film. Elles sont à l’opposé l’une de l’autre, la première rêvant d’être princesse étant jeune et l’autre d’être boulangère. Joséphine se perçoit comme le brouillon de ses parents et voit sa sœur seulement dans la perfection de sa situation amoureuse. Un plan avec les deux femmes décroche un sourire sincère, celui où Joséphine tient la robe de sa sœur, dans un champ, alors qu’elle urine à côté d’une limousine blanche volée. Bien que cette relation soit le nœud de l’histoire, elle est trop effacée et insuffisamment exploitée. Là où il aurait pu y avoir une possibilité de singulariser le film, de le rendre plus fort, il n’y a que des moments banals avec les deux femmes, qui ne servent qu’à provoquer et précipiter les événements.

Comme elle le dit elle-même, Joséphine n’a jamais su regarder au bon endroit. On a beau regarder ce film, se laisser porter par sa légèreté, on n’y voit qu’une simple ébauche, faible et déjà usée. Même si la comédie romantique est un genre très codifié, se confiner aussi mollement dans un moule capte difficilement l’attention et passe sur nous comme un coup de vent désagréable.

Isabelle Dion

Isabelle Dion fait présentement une maîtrise en cinéma à l’Université Laval et s’intéresse aux représentations queer dans le cinéma de Pedro Almodóvar et de Gregg Araki. Elle participe également à un projet de recherche portant sur la figure du cyborg dans l’œuvre de Lynn Hershman Leeson (dirigé par la professeure Julie Beaulieu).

Commentaires