Dans sa filmographie, Bruce LaBruce est réputé pour présenter une vision crue et provocante de l’homosexualité contrant, d’une certaine façon, l’imagerie sexuelle dite consensuelle. Il nous a été donné de voir un néo nazi éjaculer sur un exemplaire de Mein Kampf, un homme se faire sodomiser par le membre amputé de son partenaire et des extraterrestres avoir des rapports sexuels avec des morts. Bruce LaBruce s’attaque maintenant à l’un des sempiternels tabous de société : la gérontophilie. Ainsi dans ce film au titre d’un prosaïsme consommé, le jeune Lake tombe amoureux de M. Peabody aux traits « Kenneth-Angerien ». Pour les habitués du transfuge iconoclaste canadien, l’offrande paraît bien pâle et… tristement consensuelle.

Ce qui manque cruellement à Gérontophilie, c’est de l’humour, une pointe de satire, de férocité, de transgression propre aux premiers films de Bruce LaBruce. Tout cela est remplacé par des mièvreries ennuyantes et d’une désolante artificialité. Les acteurs, maladroits, semblent répéter encore et encore leur rôle. Leurs personnages, mis à part M. Peabody qui possède un peu plus de chair, sont faits de cartons-pâtes; ils évoluent dans des situations incohérentes, invraisemblables et primaires. Pier-Gabriel Lajoie, malgré sa douce candeur, est crispé; sa copine n’a que pour dialogue un name dropping inutile qui ne la mène que dans les bras d’un informe patron de librairie, enfant pauvre d’un John Waters ayant couché avec Steve Buscemi. La musique est grossière, fait penser à un film collégial ne sachant plus où beurrer pour que l’émotion passe. Sans parler de la réalisation qui ressemble à s’y méprendre à un sexe ratatiné de personne âgée : le film ne réussit donc pas à transcender la beauté de ces amoureux atypiques, l’objet n’a aucune finesse et est dépourvu d’esthétique. Si le film n’était pas enveloppé de cette aura mainstream, de scènes bucolico-sentimentales, s’il avait la fougue et la bizarrerie du moment d’hallucination de Lake, dû à son ingestion de médicaments, peut-être aurions-nous un film rageur et impertinent, baveux, qui porte le débat un peu plus loin qu’une piètre comédie romantique à l’américaine.

C’est notamment sur ce point que le film déçoit le plus. C’est qu’avec un sujet potentiellement aussi sulfureux, Bruce LaBruce en fait une gélatine informe, le ramène à un état végétatif, inoffensif. Il fabrique un objet dont il critiquait lui-même, dans ses précédents films, les ressorts.

De cette bauge sirupeuse, nous retenons tout de même M. Peabody, interprété par Walter Borden, charismatique et intrigant. En peu de temps, on s’attache au vieil homme; possiblement parce que comme lui, nous voulions voir l’océan, mais nous avons été contraints de ne voir qu’un lac gelé.