La onzième bourde signée de la patte névrotique du coriace Michael Bay, quatrième film de la franchise dédiée à ces jouets de plastique se transmutant de robots en véhicules et vice-versa – pourrait constituer une atteinte au bien commun si elle n’était pas férocement ennuyante et dénuée de tout intérêt. Depuis 2007 qu’on nous sert la même moulée avec des boulons dedans; feindre la surprise et l’écœurement devant ce énième opus turgescent et gonflé aux boissons énergisantes ne trahirait que notre cynisme. C’est qu’il n’y a rien d’étonnant dans Transformers: The Age of Extinction, il s’agit d’un produit formaté à la perfection, admirable même dans son exécution mollassonne et son récit à la va-comme-je-te-pousse. Des cuisses bronzées, du métal luisant, des bagnoles, une attention judicieuse au marché chinois, du placement de produits en veux-tu en v’là, une relation père-fille vaguement perturbante et des explosions (!!!) à n’en plus finir : Hollywood détient le brevet depuis trop longtemps pour en faire un fromage. Tout de même, il faut concéder que s’il est question de nivellement par le bas, ce film crée un précédent qui fera sans doute du bien à l’estime des fanatiques de la série Fast and Furious. Un robot guerrier avec une épée sur un tyrannosaure robot? Comme quoi il y a des producteurs qui prennent vraiment Internet au pied de la lettre.

Cade Yeager – répétez ce nom trois fois – (Mark Wahlberg) bidouille la cochonnerie et arpente les brocantes : c’est un inventeur comme on n’en voit que dans les films. Un beau jour, il découvre dans la ferraille la carcasse d’Optimus Prime, chef des Autobots, clan de gentils robots provenant de la planète Cybertron (merci Wikipédia). Accompagnés de la fille de Cade, Tessa (Nicola Peltz), et du faire-valoir humoristique et surfeur de surcroit Lucas (T.J. Miller), les nouveaux amis devront déjouer les plans funestes de la CIA (voulant se débarrasser des robots, gentils ou méchants, parce que ça fait trois fois qu’ils salopent notre planète en s’esquintant le téflon), du mercenaire robotique Lockdown et du Decepticon Megatron, qui n’a pas dit son dernier mot, même si ce critique ignore le début de sa phrase, car il n’a vu ni Transformers, ni Transformers: Revenge of the Fallen, ni Transformers: Dark of the Moon.

– Non, mais on s’en fout de tout ça. Est-ce que ça castagne grave?

Tu l’as dit bouffi! Les scènes d’action déchirent, même si le spectateur est à risque de se demander à plusieurs reprises durant le film : qu’est-ce que je suis en train de regarder en ce moment? D’un point de vue profondément existentiel l’on s’entend, avec la même charge pétrifiante que : pourquoi suis-je sur terre? Pour les spectateurs qui ne demandent que du bruit, aussi bien auditif que visuel, la louche est pleine. Si elles ne sont pas aussi langoureusement jouissives que dans Pacific Rim – blockbuster pas si mal tourné de l’été dernier – elles parviennent donc à divertir son adolescent, celui terré au fond de chacun de nous, tenant d’une main une bouteille de Mountain Dew et de l’autre un sac de Cheetos.

C’est du côté « humain » que ça se gâte. Le triangle (amoureux) composé de Cade, Jessa et du petit ami de cette dernière, Shane (Jack Reynor) est d’une platitude aberrante. Bay sexualise à outrance une gamine d’à peine 17 ans dans le film, devant le regard désapprobateur du paternel, ce dernier tentant par tous les moyens de préserver la virginité de sa petite fille adorée, qui d’ailleurs possède la personnalité d’une carpe gigotant encore dans le fond de la chaloupe. Wahlberg est criant de maladresse, à pleurer de rire dans les « moments dramatiques », nous faisant regretter le charisme dont il a fait preuve à plusieurs reprises au cours de sa carrière, notamment dans Three Kings et I Heart Huckabees de David O’ Russell. Toute cette mayonnaise avariée prend mal et laisse pantois, encore plus que les babillages crypto-scientifico-militaires et les répliques fades meublant le reste du scénario. Sans ces assises organiques primordiales, le film s’autodétruit sous les pétarades de bâtiments qui s’écroulent et les crissements des métaux qui se tordent, sorte de suicide apocalyptique programmé ou de purification par le feu, peu importe tant que ça soit grandiloquent.

De pires crimes cinématographiques sont commis chaque année, souvent même dans les hautes sphères de la respectabilité « auteuriste ». N’empêche, Transformers: The Age of Extinction demeure un divertissement anémique, beaucoup trop long (2h45!) et ne possédant ni cœur, ni spark (l’âme des Transformers).

Jason Béliveau

Jason Béliveau est directeur de la programmation pour l’organisme de diffusion d’événements cinématographiques Antitube à Québec. Membre de l’Association québécoise des critiques de cinéma, il est rédacteur en chef du Quatre trois depuis sa création en 2011. Il écrit également pour Spirale et participe à l’émission de radio Situation critique sur les ondes de CKRL.