Avec une série de livres qui s’est vendue à plus de 30 millions d’exemplaires seulement aux États-Unis, la pression était forte pour faire de ce premier volet cinématographique de The Hunger Games une adaptation fidèle qui transpose bien l’univers de Suzanne Collins au grand écran.  Il est évident que la présence de cette dernière au générique en tant que coscénariste a grandement contribué à maintenir l’histoire sur les rails, évitant ainsi des égarements scénaristiques semblables à ceux qui abondent dans beaucoup de films adaptés de best-seller comme les Harry Potter, pour ne nommer que ceux-là.  De ce fait, The Hunger Games est sans doute l’une des adaptations les plus réussies et les plus fidèles à l’esprit d’un livre d’origine ayant vu le jour ces dernières années.

The Hunger Games raconte l’histoire d’une Amérique survivante à l’apocalypse, rebaptisée Panem et divisée en douze districts.  Ces districts sont maintenus fermés les uns aux autres, et sont gouvernés par un empire despote nommé le Capitole.  Ayant essuyé un passé lourd de révoltes, le Capitole organise tous les ans les Hunger Games (jeux de la faim), qui ont pour fonction d’asseoir le pouvoir des classes dirigeantes et de contrôler les districts en étouffant d’éventuelles rébellions.  Ces jeux sont une télé-réalité extrême qui consiste en la sélection et la mise à mort d’un jeune garçon et d’une jeune fille dans chaque district.  À leur sélection, ces jeunes prennent le titre de tribut et sont menés à une arène naturelle où ils devront tous se battre à mort sous l’œil des caméras, et ce jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un seul d’entre eux, couronné vainqueur.  Alors que sa jeune sœur est sélectionnée pour participer aux jeux, Katniss Everdeen (Jennifer Lawrence) se porte volontaire à sa place et prendra part à ce jeu sordide en compagnie de Peeta, le second tribut de son district (Josh Hutcherson) et secondé par Haymitch, leur mentor (Woody Harrelson).  L’ensemble de leur préparation vers l’arène sera supervisé par Effie Trinket (Elizabeth Banks), une femme du capitole chargée chaque année de s’occuper des tributs du district douze, le district de Katniss.

Il est rafraîchissant de voir enfin une réalisation épurée qui prône une approche plus brute et moins artificielle que ce que certaines séries stéréotypées pour adolescents ont l’habitude de présenter.  La caméra épaule très nerveuse, bien que parfois trop utilisée, ajoute un réalisme bienvenu à l’ensemble, et ce, malgré le fait qu’elle soit sans doute utilisée pour diluer la violence des images étant donné la cote générale attribuée au film.  Cette même sobriété s’observe du côté de la trame sonore.  Plutôt que de noyer son film dans une musique envahissante, Ross opte pour la simplicité en réduisant au minimum son utilisation.  Cela permet de laisser davantage de place à l’émotion, et empêche le film de tomber dans un mauvais goût regrettable.

La facture visuelle de The Hunger Games est éblouissante.  Les différences entre les strates sociales sont flagrantes et mises en évidence par les couleurs utilisées et les décors qui y sont mis en scène.  Les originaux costumes des gens du Capitole, tout comme leurs somptueux appartements sont aussi sublimes que décalés par rapport aux austères effets des habitants des districts.

Supporté presque entièrement par Jennifer Lawrence, le film repose sur la performance convaincante de ses acteurs.  Gary Ross a choisi de miser sur une distribution solide qui avait, pour la majorité, déjà fait la preuve de leur talent, plutôt que sur des belles gueules sans substance qui auraient tôt fait de rendre l’ensemble  puéril et médiocre.  On y retrouve donc un Donald Sutherland plein de retenu dans son interprétation du Président Snow, un Woody Harrelson alcoolique qui cabotine juste ce qu’il faut pour alléger l’ensemble, une Elizabeth Banks totalement superficielle, un Josh Hutcherson on ne peut plus sincère, et pour finir, une Jennifer Lawrence solide et authentique.

Cependant, The Hunger Game n’est pas sans défaut, et il faut reconnaître qu’on y manque parfois de subtilité. On perd malheureusement beaucoup des nuances des stratégies qu’adoptent les tributs quant aux alliances qu’ils forment dans l’arène et aux décisions qu’ils prennent en raison de la diffusion télévisuelle de ces jeux.  De plus, les tributs sont souvent prévisibles et manquent de finesse.  Le film aborde les enjeux et les personnages de manière trop manichéenne, ce qui sème peu de doute sur les réelles intentions de ces derniers.  Cette approche parfois simpliste dilue la tension dramatique en tuant dans l’œuf toute surprise éventuelle concernant l’issue de l’histoire.  Finalement, au risque que ce détail paraisse futile, priorisez la version originale anglaise si vous avez le choix.  On y sent beaucoup plus d’émotions et certaines répliques qui sonnent faux ou clichées en français semblent beaucoup plus pertinentes en anglais.

En somme, The Hunger Games est une adaptation réussie qui évite de tomber dans le piège du banal et de l’insignifiance.  Prenant appui sur un scénario solide, Ross amène le spectateur à rester en haleine pendant l’intégralité du film qui s’étend sur près de deux heures trente.  Malgré le fait que le livre apporte une profondeur certaine aux personnages qui peuvent paraître unidimensionnels dans le film, il n’en reste pas moins que la version de Gary Ross arrive à demeurer entièrement autonome des romans, et parvient insérer toutes les informations nécessaires à la compréhension de cet univers complexe.  Bref, une adaptation solide qui se colle au livre sans pour autant en dépendre.  Reste à savoir si les spectateurs se laisseront prendre au jeu à leur tour.