Au-delà de la montée des films à grand déploiement au caractère sérieux dans la foulée du Dark Knight, il ne faut pas oublier l’autre tendance que Christopher Nolan a popularisée dans l’ombre d’un de ses films: le renouvellement d’une science-fiction plus complexe. Avec le succès d’Inception, les exécutifs des studios américains ont découvert un public prêt à se perdre dans des univers uniques aux intrigues bien ficelées qui font travailler l’intellect de son auditoire au lieu de le tenir par la main à chaque seconde en lui offrant un monde très familier. D’excellents films comme Inception, bien sûr; Looper, qui… était décevant dans ses clichés et ses opportunités manquées; Transcendence, qui était du même calibre que des films comme The Lawnmower Man ou Virtuosity; ou bien Sucker Punch, qui était franchement un étron incroyable. Car le problème avec cette proposition, c’est qu’après avoir promis un monde et une histoire unique et mémorable, il faut livrer la marchandise, et ce n’est pas donné à tout le monde. Edge of Tomorrow, le dernier film mettant en vedette Tom Cruise, pourrait sembler être loin des films mentionnés ci-haut, mais il y a peut-être de l’espoir; le long-métrage est inspiré d’un roman japonais nommé All You Need is Kill, ce qui rappelle les influences japonaises de Pacific Rim l’année dernière, mais surtout, qui rappelle le roman Paprika de Yasutaka Tsutsui qui a justement inspiré Inception de Christopher Nolan en plus d’avoir été l’objet d’une superbe adaptation cinématographique par le réalisateur Satoshi Kon. Avec cette influence de la science-fiction japonaise, on pourrait bien avoir droit à une belle surprise. Cependant, si on peut bien dire qu’Edge of Tomorrow est un film d’action au minimum compétent, la dimension unique et mémorable devra être laissée de côté.

Le film suit les aventures d’un major de l’armée américaine qui est catapulté dans une offensive en Europe contre des envahisseurs extraterrestres, une bataille qu’il devra revivre après chaque mort. Tom Cruise joue donc le rôle de… de Tom Cruise enfin; c’est un homme baveux qui a toujours les meilleures répliques, qui est soudainement hors de son élément et qui devient progressivement un bad-ass – sauf lorsqu’il est déjà ce bad-ass au départ. C’est un personnage très familier, et c’est un thème récurrent quand il est question d’Edge of Tomorrow; peu importe comment on voudrait le distancier des films hollywoodiens typiques et comment on veut le rattacher à ses inspirations nippones, c’est dur d’ignorer le fait que l’idée de base du film est un croisement entre Groundhog Day et le débarquement de Normandie dans le futur. Le film peut bien essayer de complexifier son récit en surface en introduisant plusieurs concepts mythologiques par rapport au fonctionnement des extraterrestres et du voyage temporel, la raison pourquoi All You Need Is Kill a été adapté au cinéma n’est pas à cause de sa philosophie, mais bien parce qu’il était facile à insérer dans le modèle du film d’action américain, avec ses scènes de combat et ses petits moments d’humour et d’émotion (mais pas trop). Le film va même jusqu’à vaincre la menace extraterrestre de la même façon que Pacific Rim un an plus tôt. C’est tellement fait de manière exacte qu’on est à se demander ce que pensaient le réalisateur et le scénariste en filmant une telle scène : est-ce qu’ils savent à quoi ça nous fait penser?

Ce n’est pas comme si l’action du film mérite de mentions; elle est compétente sans plus, constamment chaotique, mais jamais éblouissante dans l’ingéniosité de ses scénarios. Ses effets spéciaux ne se démarquent pas non plus. Le design des créatures est intéressant à première vue, se distanciant des humanoïdes pour se rapprocher de la structure des pieuvres, et c’est une bonne chose qu’ils bougent aussi rapidement parce que quand ils s’arrêtent ne serait-ce qu’un moment, ils semblent très artificiels et faits par ordinateurs, leurs textures ne pouvant s’intégrer à leurs alentours, en même temps que vous finissez par penser que ces créatures ressemblent beaucoup aux pieuvres mécaniques dans The Matrix. Mais au moins cet écart de qualité est plus facile à accepter que les faux reportages télévisuels aux acteurs ajoutés par la suite, et qui ressortent tous maladroitement du reste des images d’archives de bulletins de nouvelles. C’est décevant de voir qu’on a fait aussi peu d’améliorations dans cet effet visuel par rapport à Forest Gump, qui est pourtant sorti il y a 20 ans.

Malgré ses tentatives de renouveler film d’action légèrement assaisonné de science-fiction et aux influences nippones, Edge of Tomorrow reste encore un blockbuster américain habituel, compétent, adéquat, mais qui ne se démarque qu’en surface et qui n’a pas vraiment de scène d’affrontement à couper le souffle, ni d’idéologie marquante. Ça va être difficile de s’en souvenir à la fin de l’année. Mais bon, peut-être que c’est assez pour vous. Peut-être que l’idée d’un film divertissant avec un soupçon de voyage dans le temps qui n’est pas incroyablement condescendant et abrutissant dans sa vision est suffisant pour faire un tour dans une salle de cinéma, et c’est parfaitement correct. Personnellement, j’ai vu vraiment trop de blockbusters en 2008 pour que tout ça me fasse un quelconque effet désormais. Désolé.

Vincent étudie à l’Université de Montréal après avoir survécu à la banlieue de Québec, non sans séquelles. S’il est fou, il est fier de l’être.

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