Présenter un univers. Pas de promo pour un nouveau film ou de « parle-nous de ta nouvelle recette de pâté chinois au porc effiloché », non. Une discussion, un échange avec un artiste sur le cinéma.

Dans cette formule nouvelle au Quatre trois, nous désirions proposer une carte géographique de l’étendue des inspirations insufflées, de la fébrilité des premiers émois aux fascinations devenues fréquentations assidues, voire réconfortantes.

L’idée est de présenter une cartographie des temps forts constituée par les goûts cinématographiques d’un artiste.

Pour cette première fois, nous avons rencontré Chloé Robichaud. La réalisatrice a été invitée à Cannes deux années de suite, tout d’abord pour y présenter son court métrage Chef de meute et ensuite son premier long, Sarah préfère la course. Ce dernier se promène depuis plus d’un an autour de la planète, d’un festival à l’autre, en remportant plusieurs prix au passage. Dans la foulée de notre échange épistolaire sur sa websérie Féminin/Féminin, nous nous sommes donc intéressés à l’univers cinématographique de la cinéaste.

*Tous les noms et titres constituant cet arbre fantaisiste ont été proposés par Chloé Robichaud. Les liens les unissant ont été placés par pur plaisir.

L’étincelle c’est The Hours.

Vous avez peut-être déjà entendu Chloé Robichaud en parler dans d’autres entrevues : le film de Stephen Daldry l’a transportée, perturbée, émue. Pour elle, c’est une révélation sur le pouvoir émotif du cinéma, dans ce cas-ci le mélange parfait entre l’histoire, les actrices, la réalisation et l’envoutante trame sonore.

De l’autre côté, Godard. Comme plusieurs jeunes cinéphiles, elle découvre avec Jean-Luc Godard qu’il est possible de faire du cinéma différemment. Il est la porte d’entrée sur le non-conformisme, sur le « autrement ». Les premiers balbutiements d’une relation amoureuse qui perdure encore entre elle et le cinéma français.

Un groupe, une chanson qui pourrait provoquer chez elle une envie de créer. Une ambiance musicale pour embrasser son univers cinématographique.

« Jusqu’à maintenant j’ai jamais fait composer de la musique pour un film. Je me suis plutôt inspirée de films que j’aimais, mais en même temps je ne tapisse pas beaucoup mes films de musique. Au niveau québécois, il y a Ariane Moffatt. J’ai lu quelque part qu’elle aimerait écrire de la musique de film. En même temps, je ne peux pas parler pour elle. Faudrait trouver le bon projet! C’est vraiment une artiste très créative. J’aimerais ça, ça pourrait être une belle collaboration.  »

Évidemment, quelque chose sans paroles, un style épuré. Si elle avait à faire un film dans lequel il y aurait de la musique du début à la fin, son modèle serait justement ce que Philip Glass a composé pour The Hours. Non pas dans la copie de son style musical et de ses ritournelles, mais plutôt un rôle tout aussi prépondérant que joue sa musique dans le film; tellement présente, reliant l’histoire de chacune des femmes, devenant presque un personnage à part entière, une narratrice.

Un sujet à approfondir, s’intéresser à un propos tel que pourrait l’exiger un dossier journalistique.

Elle se fait toujours questionner sur la place de la femme au cinéma. Même si elle en comprend la pertinence, elle doute être la meilleure personne pour y répondre.  « Je réponds du mieux que je peux, mais j’ai pas la vérité absolue. C’est certain que je réponds avec ce que je sais, avec mon vécu de cinéphile et de réalisatrice, mais un jour je pense que je vais vraiment m’arrêter et je vais lire plein de livres! »

Sinon, sa fascination pour la place de la politique dans le cinéma et le cinéma dans le politique. Autant Leni Riefenstahl que le dernier film de Kathryn Bigelow. Elle aimerait examiner, scruter le lien unissant les deux sphères et ce qui les influence l’une l’autre en leur donnant à chacune du pouvoir.

Toujours dans la politique, Chloé Robichaud lit beaucoup de biographies de réalisateurs et d’hommes politiques. Si jusqu’à maintenant elle écrit ses propres scénarios, son intérêt à adapter une œuvre littéraire se traduirait par la biographie, la vie de Jackie Kennedy.

Sinon La virevolte de Nancy Huston. « Je l’ai lu dernièrement. Je l’ai trouvé vraiment beau. Je sais pas si je le ferais un jour, mais quand je l’ai lu je me suis dit qu’il y a des thèmes là-dedans qui me rejoignent, qui me faisaient même penser à Sarah préfère la course. Je pense que ça serait un défi. »

Maintenant qu’elle connaît la charge de travail que représente la production d’un film, elle affirme avoir de la difficulté à lire des critiques sur le cinéma. Elle continue tout de même de lire la revue 24 images, Helen Faradji, Philippe Gajan, entre autres. Elle trouve qu’ils ont un regard intelligent sur les films. Chloé Robichaud a été, au mois de mai, la cinéaste invitée de la section « Blogues » du site 24 images.

Elle croit d’ailleurs qu’on devrait parler plus de notre cinéma, en parler vraiment. Entrer, par exemple, en dialogue avec le public.

« J’en fait beaucoup, ben j’en fait pas assez à mon goût, mais je voudrais, après chaque projection de mon film, faire des Q & A. Je m’en suis rendu compte après Sarah préfère la course. Et le film est fait comme ça, ça laisse les gens avec des questions, ça plane, et les gens étaient tellement contents de pouvoir m’en parler. Il y avait un échange tellement intelligent entre nous deux. J’aimerais faire ça à chaque fois ou qu’ils puissent lire un Q & A. J’aime ça les commentaires audio des réalisateurs sur les DVD, t’as l’impression d’être dans un échange sur le film. »

Elle aime ce que Pablo Trapero fait, un réalisateur argentin qu’elle a découvert lors de son passage à Cannes.

Elle a adoré Springbreakers d’Harmony Korine.

Elle a un amour inébranlable et inconditionnel, celui qui adule et celui qui pardonne tout, pour Sofia Coppola.

Elle estime beaucoup Stéphane Lafleur et son humour fin.

Elle continue d’apprécier grandement le cinéma français qui, très souvent, la surprend et la séduit.

« Mettons Les chansons d’amour, ça revient un peu de la Nouvelle Vague, mais j’aime le côté très libertin, on parle caméra à l’épaule qui est pourtant parfois loin de mon cinéma. J’aime l’hyperréalisme. Je pense que je fais un peu de l’hyperréalisme différent de ce qui se fait en France, c’est un autre style, le but est quand même de présenter la vérité. La vie d’Adèle, t’as l’impression de toucher l’émotion avec tes mains tellement t’es dans la vérité. »

 

À découvrir et redécouvrir

Carlos Reygadas

Ratcatcher de Lynne Ramsay

Andrea Arnold

 

Quelques goûts en commun

Sofia Coppola

Alexander Payne

P.T. Anderson

When Harry met Sally

 

Coup de cœur de 2013

Frances Ha de Noah Baumbach

« La liberté en général du film. Une sincérité, quelque chose de tellement vrai, de beau. Le scénario est simple, mais c’est touchant au bon moment. C’est bien joué. Pour moi tout est cohérent. Et ça reflète vraiment une génération. Moi, je me suis identifiée. »

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