Si vous allez voir Anne des vingt jours pour y connaître davantage l’auteur de Kamouraska, parce qu’elle vous aurait un tant soit peu échappée, ou parce que son œuvre émet toujours sa chaude lumière en vous, ou tout simplement parce que sa tignasse blanche et son sourire vous émerveillent, vous ne pourrez qu’essuyer déceptions, ennuis, voire même vivre une frustration carabinée devant ce documentaire.

« Je ne demande pas les routes, c’est pour le trajet que je pars. », nous dit Anne Hébert. Il est clair que Michel Langlois a suivi le conseil de sa muse autrefois rencontrée à l’auberge où il travaillait. Mais nul doute qu’il s’égare et quand il ne s’égare pas, le cinéaste se bloque lui-même le passage par ses trop nombreuses présences et par les dramatisations tournées en compagnie d’Andrée Lachapelle qui, il est triste de le dire, tiennent trop souvent d’un mauvais théâtre. Si son chant d’amour est sincère, comme il le dit vers la fin du film, le spectateur est plutôt convié à une suite de conversations en mode privé où on se sent très peu interpelé.

Trop verbeuse, la narration s’enlise en désirant « faire poétique ». La multiplication des intervenants, proches ou sans lien direct avec l’écrivaine (Jane Birkin ?), constitue un patchwork maladroit, décousu. Bien que l’amour et le respect envers le sujet soient mis de l’avant, un malaise tenace persiste, celui de sentir Anne Hébert vampirisée, sans cesse voilée de maigres anecdotes relevant d’une revue à potins. « Notre » Anne n’apparaît jamais, le spectateur n’a aucune place pour se l’approprier, sinon à quelques reprises, il peut reprendre son souffle et entendre sa douce voix issue des archives de Radio-Canada. L’effet qu’auraient pu produire les nombreux extraits lus pendant le film est noyé par la juxtaposition d’autres œuvres de divers intervenants. Il y en a tant (parfois présentées dans le montage de manière très arbitraire) qu’on peine à y trouver un sens.

Et quoi dire de cette fin? Jamais nous n’avons vu un film s’autodétruire de cette façon, dans une finale confuse qui relève d’une mauvaise blague coupant abruptement tout lien affectif avec le spectateur. Ainsi, Michel Langlois aurait inventé des souvenirs avec Anne Hébert ? Est-ce pour pallier la fin de son amitié avec l’écrivaine par-delà le temps et la distance?

Comme bien d’autres adaptations blafardes ou « biopics » ratés, nous retrouverons le réconfort dans la force de l’œuvre originale dont nous pourrons encore goûter l’immortalité.