Contemplatif, posé, composé de plans frontaux fixes, d’une forte présence musicale, construit sur peu de dialogue, mais qui est le Robert Morin en train de naître dans 3 histoires d’Indiens ?

Il y a un peintre assurément, impressionniste, familier de celui d’Oreillers d’herbe de l’écrivain Natsume Sôseki. Avec ce semblable désir de retrait, de découvrir une lumière d’une autre nature. Mais difficile de supprimer totalement la présence du vidéaste, du joueur : Morin est toujours le « gars des vues »,  personnifié cette fois par Éric Papatie, jeune homme vivant avec sa mère sur une réserve amérindienne. Éric est l’émule du cinéaste, filmant compulsivement ce qui l’entoure. Dans un fouillis total de caméras, de fils électriques et d’une demi-douzaine de chiens, il incarne une sorte de savant candide ou d’alchimiste-enfant usant de sa caméra pour survivre, sublimer son quotidien et son territoire qu’il désire partager aux siens grâce à une station de télévision artisanale qu’il mettra sur pied. Après la séquence d’ouverture nous le présentant dans toute la sincérité qui l’habite, on nous transporte à une course de camions-remorque en compagnie de Shayne Brazeau qui erre, musique symphonique aux oreilles (il le fera d’ailleurs tout le restant du film). Les mastodontes jettent un épais voile de fumée à l’écran : plus aucun repère. L’écran noir finit par se dissiper et laisse apparaître Shandy-Ève, Alicia et Marie-Claude, trois jeunes femmes dévouées à Kateri Tekakwitha, première Amérindienne canonisée.

Le film est truffé de séquences épurées où seulement quelques gestes anodins sont mis en évidence par une poignée de plans (je pense ici à Éric qui fouille dans la décharge prenant des allures d’œuvre d’art, aux filles qui installent des objets dans une chapelle improvisée, à Shayne décodant le paysage, se laissant imprégner, tenter d’être guéri par lui.). 3 histoires d’Indiens demeure brut par ses images non léchées (Robert Morin n’est pas et ne sera jamais, pour notre grand bonheur, un enlumineur, un adepte du style international qui sévit en ce moment au Québec), par son montage elliptique et par son refus d’un scénario enfanté par la machine à saucisses.

Bien que sa démarche nous enthousiasme, que nous nous sentons alliés de ce Morin plus introspectif, force est d’admettre que 3 histoires d’Indiens ne saurait pleinement nous satisfaire. Si certains des personnages poussent la logique de leur engagement dans une franche radicalité, nous en aurions espéré autant de l’aspect expérimental du film. En ça, nous sommes plus près de l’étude préparatoire d’un peintre que devant une œuvre achevée. Il faut toutefois souligner la franchise et l’authenticité de l’approche du réalisateur de Yes sir ! Madame qui donne à cette esquisse beaucoup de valeur et de force.

Sans corrompre la nature de la situation amérindienne, Robert Morin arrive à magnifier cette réserve, que ce soit dans la plus pure beauté de ce qui s’y passe ou dans l’atrocité d’un geste. 3 histoires d’Indiens ne s’avère pas qu’un objet esthétique ni une observation moraliste à saveur ethnographique, mais un simple et probant triptyque d’une jeunesse autochtone qui tente de se reconnecter à la communauté et, dans le même mouvement, à eux-mêmes. Certains y perdent tout, mais ceux qui restent ne désespèrent plus et atteignent par le fait même un haut niveau de grâce.