Deux familles, l’une aisée, l’autre moins. Des vies somme toute normales, avec leur lot d’adversité et de bonheurs quotidiens, jusqu’au jour où les parents apprennent que deux de leurs enfants ont été échangés à la pouponnière. Les tests d’ADN sont catégoriques : durant six ans, ils ont respectivement élevé un garçon qui n’était pas le leur. À partir de là, que faire? Respecter les liens du sang en réparant l’erreur ou s’entendre sur le fait que la filiation est plus une question d’acquis que d’inné?

Il est difficile de parler de Tel père, tel fils sans souligner d’abord l’élégance et la justesse de sa mise en scène, au diapason avec les inflexions subtiles d’un scénario qui, bien qu’à thèse aux premiers abords, refuse de répondre simplement aux questions qu’il soulève. Par exemple, ne sera pas infirmée la maxime selon laquelle un père manquant équivaut à un fils manqué, mais les chemins multiples qu’emprunte Kore-eda afin d’explorer les tenants et aboutissants des relations filiales conflictuelles aboutissent tous sur des bémols et des « oui, mais » qui rendent magnifiquement justice à la complexité du cœur humain. À partir de généralités donc (les moins nantis démontrent mieux leur affection), le cinéaste développe une réflexion toujours intelligente et ressentie qui surprendra le spectateur, surtout dans les moments clés où les enfants auront à exprimer leurs états d’âme à des adultes pris de court devant le tragique et l’absurdité de leur situation.

La direction de ces enfants – invisible – est d’ailleurs l’une des grandes réussites du film, Kore-eda sachant faire ressortir d’eux une gamme infinie de sentiments passant de l’attachement à l’ingratitude, le tout sans jamais les utiliser pour nous faire tirer une larme ou un sourire. Qu’ils soient mignons comme tout n’enlève rien à la gravité de ce qu’ils ressentent, étant eux aussi bien entendu les victimes innocentes d’une substitution perverse. La distribution adulte est tout aussi impressionnante. Rirî Furankî et Yôko Maki dans les rôles des parents de classe moyenne, rejoignant les deux bouts dans la bonne humeur, sont particulièrement mémorables, même s’ils sont moins présents à l’écran que Masaharu Fukuyama, qui dans le rôle du père exigeant se voit confier un personnage difficile, voulant le meilleur pour son fils, au point d’en oublier l’essentiel.

Une légèreté transpire de Tel père, tel fils. Malgré les écueils que sous-tend son synopsis, le film tient admirablement le cap, vers une conclusion laissant entrevoir pour ces deux familles éprouvées un coin de ciel bleu. L’humanisme convainc rarement à l’écran tant il nous est généralement vendu comme de la guimauve; l’exploit accompli ici par Kore-eda n’en est que plus remarquable.

Jason Béliveau

Jason Béliveau est directeur de la programmation pour l’organisme de diffusion d’événements cinématographiques Antitube à Québec. Membre de l’Association québécoise des critiques de cinéma, il est rédacteur en chef du Quatre trois depuis sa création en 2011. Il écrit également pour Spirale et participe à l’émission de radio Situation critique sur les ondes de CKRL.

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