Toujours traiter les femmes du monde comme des putes,

 et les putes comme de grandes dames.

– Wilson Mizner

Je me suis réveillé autour de 13h avec un mal de tête. Traitement rapide. Deux comprimés d’Alka Seltzer dans l’eau. Un shot de Bulleit pour faire passer l’arrière-goût. J’aime aussi mettre un disque de George Duke. Aujourd’hui, Master of the Game. Quelques heures de sommeil à peine, la chambre sans fenêtre que j’occupe chez Gina et Vegas n’a pas changée. Personne ne l’a nettoyée et on peut encore sentir son doux parfum, un mélange maison, moitié sperme, moitié robine. Je salue Gina (Vagina pour les intimes) en me rendant aux toilettes. Tout juste le temps de m’asseoir qu’elle me crie à travers la porte que Vegas vient de sortir pour acheter des beignes. Je vis avec ces deux-là depuis que C. m’a quitté. Les idiots gagnent toujours. Au moins, elle n’est pas devenue lesbienne.

J’eus soudainement la réminiscence d’une mauvaise émission de télé que j’avais regardée la nuit dernière.

Vagina m’a crié (c’est son truc) qu’elle dansait avec son papa sur cette chanson de Duke, I love you more. Et que, 20 ans plus tard, elle avait dansé, nue, sur la même chanson pour des vieux hommes dans un bar de danseuses aujourd’hui disparu.

Hier j’ai décidé qu’aujourd’hui j’irais me saouler. Ça fait trois semaines que je ne suis pas sorti. Sauf pour fumer un peu de weed de temps en temps sur le balcon. Aidez-moi !, ai-je crié la nuit dernière. Personne n’a répondu. Je sors parce que j’ai reçu un chèque, des redevances. 35 piastres . Environ 8 bières si je ne tip pas trop la serveuse pour ses gros seins . Le bar est sur Duck Street.

J’arrête le disque, Gina dansait, j’étais mal à l’aise. J’enfile mes vêtements les plus chauds, il fait -25 dehors. Je me dépêche parce que le soleil est en train de se coucher, ça veut dire que la banque va bientôt fermer. 35 minutes à pieds. Pas de guichet automatique pour moi. Dehors, je tousse sans arrêt. Mes orteils se sentent comme de la marde. Moi aussi. J’aurais dû rester chez nous, investir dans un handjob. Je suis trop vieux pour l’hiver. J’ai 35 ans.

Il y a une file à la banque. Certains ivrognes comme moi encaissent des chèques. Ils toussent chacun leur tour. Mon tour. La caissière est pas mal, elle a d’assez gros seins et a la gentillesse d’en montrer un peu en portant un décolleté. Je souris et lui demande avec mon haleine d’Alka Seltzer de me donner les 35 $ en coupures (!) de 20, 10 et 5$ . Elle me dit que mon compte sera vidé, qu’ils devront le fermer d’ici la fin du mois si je ne laisse pas au moins une piastre dedans. Je pense aux prochains chèques . Pas le choix, elle me donne 34 $. Il fait toujours aussi froid. Je marche en souriant comme un con et mon estomac vide me fait roter. Le soleil se couche pour vrai; je pense aux bières. Je préfère boire des bières cheap et flat servies par une grande barmaid blonde avec une forte poitrine et un nez détruit par la cocaïne qu’un seul verre au Ritz ou au Silencio préparé par un mixologue gai. Et peut-être que je serai le client chanceux de la journée, celui qui va se faire sucer la bite par la serveuse à la fermeture? C’est rare que j’éjacule en me faisant sucer, mais je ne dirais pas non surtout si c’est sans frais. Peut-être que je pourrais lui demander de me finir à la main? Et tant mieux si elle ne soucie pas trop de l’hygiène.

Sur la porte du bar, une affiche tristement calligraphiée en rose sur papier glacé blanc me met en garde : PAS D’ORDINATEURS À L’INTÉRIEUR. PAS D’INTERNET. MERCI. LA DIRECTION. J’entre. J’entends Good Vibrations de Marky Mark and the Funky Bunch qui se termine. Je m’assieds au bar , commande une bière. La serveuse me sourit. Mais pourquoi aiment-elles autant les pénis?

 * Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.

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