Le second film du Hobbit s’ouvre sur le désormais traditionnel caméo du réalisateur Peter Jackson. Et c’est tout à fait à l’image de cet interminable opus : une longue succession de références et de clins d’œil soulignés à gros traits qui éclipsent presque totalement l’histoire originale.

Ce qu’il y avait de risible dans le premier volet est devenu, dans le deuxième, carrément exaspérant. Avec la subtilité d’un éléphant dans une boutique de porcelaine, Jackson réussit à rassembler un nombre incalculable de clichés qui sont malheureusement devenus sa marque de commerce, dépassant systématiquement la limite du bon goût. L’histoire originale du Hobbit, diluée au maximum, se reconstruit autour d’une succession de péripéties rodées au quart de tour qui sont toutes un prétexte pour pousser le bouchon trop loin.

On retrouve donc un Thorin (Richard Armitage) qui lance chacune de ses répliques avec trop de sérieux, chaque fois montré cheveux aux vents peu importe les circonstances, alors qu’il semble être le seul à profiter de ces inexplicables courants d’air localisés. Le Hobbit nous fait également sourciller devant l’abus d’invincibilité de Legolas (Orlando Bloom), qui est utilisée à toutes les sauces. Tauriel (Evangeline Lilly), ce personnage si controversé auprès des purs et dur, nous apparaît tel qu’attendu dans son halo de lumière (oui, exactement comme l’avait fait Arwen quelque dix ans auparavant, et l’effet est tout aussi raté cette fois-ci). Ce n’est d’ailleurs pas l’ajout du personnage de Tauriel qui dérange le plus, mais plutôt le fait que l’histoire originale de Tolkien est aussi difficile à retrouver que l’Arkenstone au cœur de la montagne des richesses de Smaug.

Plus que kitch, l’univers du Hobbit n’est même pas cohérent avec ses propres règles. Si les scénaristes de ce second film avaient seulement pris la peine de relire les romans, ils se seraient vite souvenus que les elfes ne ressentent ni la fatigue ni l’ivresse. En fait, ils ne dorment tout simplement pas. Permettez-nous donc de lever les yeux au ciel alors qu’on nous montre des elfes de la forêt noire roupillant complètement saouls, permettant l’évasion de leurs captifs de nains. Idem alors qu’on nous propose une improbable idylle entre un nain et une elfe. Des détails, vous me direz ? Mais ce sont les détails qui ont forgé l’univers si complexe de ce pilier de la littérature fantastique !

C’est d’ailleurs regrettable, car une fois de plus, Jackson, en navigant dans une réalisation chaotique et inégale, réussit à nous offrir une excellente scène avec ce personnage qui devrait normalement être au centre de son histoire, Bilbo. Alors que la rencontre du hobbit avec Gollum était certainement une pièce d’anthologie lors du premier film, le jeu de cache-cache du semi-homme avec le dragon Smaug (Benedict Cumberbatch) est tout aussi savoureux. Excellent sous les traits de ce jeune hobbit aventureux malgré lui, Martin Freeman souffre malheureusement de son manque de présence à l’écran. Même s’il est très bien campé, le héros ne réussit pas à se démarquer des mille et un personnages secondaires qu’on nous balance par la tête pendant près de trois heures.

Pas tous sans intérêt, les multiples nouveaux venus comptent dans leurs rangs des protagonistes qu’on avait hâte de voir apparaître, Bard (Luke Evans) notamment, mais qui se perdent dans cet amalgame de filons d’intrigues qui partent dans tous les sens. On a parfois l’impression que le réalisateur connaît tellement l’univers de Tolkien et qu’il s’y plait tant qu’il a décidé d’en faire ce qu’il veut, simplement pour son bon plaisir (et à notre grand mécontentement).

C’est inévitable, Le Hobbit fera d’énormes recettes au box-office. C’est justement ce qui est regrettable, car les studios y voient la preuve qu’ils peuvent s’emparer d’une œuvre classique et en faire absolument n’importe quoi tout en parvenant tout de même à accumuler les gains. De plus, à chercher à tout prix à faire le pont avec la trilogie du Seigneur des Anneaux, on étire tellement la sauce qu’on ne s’y retrouve plus ni dans l’histoire, ni dans les personnages, ni dans les lieux… Malgré lui, Peter Jackson est peu à peu en train de confirmer qu’il fera probablement un frère Wachowski de lui-même, avec une seule réussite en carrière et de pâles caricatures gravitant tout autour.

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