Alors que Peter Jackson et les autres scénaristes retranchaient ou compressaient des éléments de récit dans Le Seigneur des anneaux, il peut maintenant, en trois films pour un peu plus de trois cents pages, en ajouter tant qu’ils veulent pour créer un film d’action trempé de fantasy sans se soucier constamment du matériau de base. Car, au fond, du conte et des appendices transposé à l’écran, il reste peut-être vingt pour cent de matériel écrit par Tolkien? Que l’équipe du film prenne autant de latitude avec le récit n’est pas problématique en soi; le problème provient du fait qu’elle raconte moins bien que Tolkien.

Néanmoins, Jackson sait nous étourdir juste à point, en orchestrant une course-poursuite en tonneaux dans des rapides, par exemple, où les prouesses tiennent plus encore du cirque que du maniement d’arme. Il la réalise mieux que dans une caverne de gobelins, par ailleurs.

Le plaisir qu’il y avait dans Un voyage inattendu à voir un film hollywoodien, pour une rarissime fois, prendre son temps dans l’aménagement de ses scènes, au risque de trop les étirer, à faire voir la Terre du milieu, n’existe plus dans la deuxième partie. L’action déboule telle des wargs entre les branches d’Erebor et, cette fois, au profit d’une meilleure harmonie dans la chorégraphie des protagonistes et de la caméra. Une caméra qui s’attarde à créer la sensation d’une compagnie soudée, entière, en utilisant adéquatement les plans moyens et larges. Resterait simplement à garder la mesure lorsqu’on tourbillonne entre les piliers de salles qui feraient passer les pyramides de Gizeh pour des tas de pierres ridicules.

Si les studios qui règnent comme Smaug sur les pièces d’or visent l’habituel public adolescent, il faut admettre qu’ils donnent bien le change dans le genre. On ressort de la salle les oreilles bourdonnantes, mais satisfait dans la mesure de nos attentes (pas très élevées)… et en déglutissant avec peine en osant penser aux deux monstrueuses batailles qui pétaraderont à pareille date l’an prochain.