Après une liste déjà bien assez imposante de débuts de franchises ratées ou de blockbusters transformés en gouffres financiers comme Eragon ou The Golden Compass, les studios Walt Disney s’ajoutent à la partie avec leur dernière création: John Carter.  À mi-chemin entre un Star Wars qui n’aurait lieu que sur la planète Tatooine et un Prince of Persia où on aurait ajouté des extra-terrestres, John Carter est l’adaptation plutôt douteuse d’un classique du fantastique du début du 20e siècle, A Princess of Mars de Edgard Rice Burroughs, paru en 1917.

Premier film non aminé du réalisateur de Pixar Andrew Stanton, à qui on doit entre autres la réalisation de Wall-E et Finding Nemo, sans oublier le très solide scénario de Toy Story 3, John Carter se démarque des réalisations antérieures de ce réalisateur par son cafouillage et son manque de cohérence.  Ce film raconte l’histoire de John Carter (évidemment), un capitaine américain au passé pas trop clair qui a déserté l’armée au sortir de la guerre de Sécession.  Après une entrée en matière vite expédiée, il entre accidentellement en contact avec un oracle extra-terrestre qui l’enverra malgré lui sur la planète Mars, rebaptisée Barsoom.  John Carter (Taylor Kitsch) se rendra vite compte que sur Mars, son statut d’être humain lui permet de faire de prodigieux bonds qui, combinés à son talent de combattant, l’aideront à prendre une part décisive dans l’issue de la guerre civile qui ravage la planète rouge depuis plusieurs centaines d’années.  À cela, ajoutons, bien entendu, une princesse extraterrestre (Lynn Collins) qui a évidemment tout ce qu’il faut où il le faut, forcée de se marier à l’ennemi de sa nation pour y ramener la paix.  De plus, on agrémente ce récit confus et mal ficelé d’impertinents flashbacks qui ne nous donnent que très peu de renseignements sur le personnage principal et n’ajoutent aucune profondeur à l’ensemble.

Vous aurez sans doute compris qu’on s’y perd facilement dans John Carter.  Avec un récit qui prend beaucoup, beaucoup des raccourcis, on a du mal à se laisser aller à cette intrigue qui va dans tous les sens. Aucune cohérence dans les grandes lignes de l’histoire, pas plus que dans les détails.  Par exemple, John Carter lui-même ne comprend pas pourquoi il parle soudainement le langage des martiens après quelques minutes à peine passées sur Barsoom.  On met douteusement ce nouveau savoir sur le compte d’un breuvage martien bien que cette explication ne satisfasse personne et qu’on se dise tout simplement que le réalisateur ne voulait pas s’encombrer de sous-titres tout au long du récit.  D’ailleurs, il est plutôt étonnant de constater que tous les habitants de Barsoom parlent le même langage, malgré la diversité des espèces qu’on y retrouve.  Et c’est sans mentionner les problèmes évidents que pose la vie martienne à un être humain qui a besoin de manger, boire et respirer pour survivre.

Mais même outre ces problèmes qui ne se considèrent pourtant plus comme de simples détails, c’est lorsque John Carter tourne les coins trop ronds en ce qui concerne la chronologie qu’il peut véritablement perdre sa crédibilité.  En effet, le temps ne s’écoule pas de la même manière pour les différents personnages, et, à moins que les rites des mariages soient interminables sur mars, Carter a le temps de se faire capturer, emprisonner, de se battre dans un combat de mise à mort dans une arène, de défier un roi et de parcourir la distance incroyable qui le sépare de sa bien-aimée avant que celle-ci n’ait terminé le mariage qu’elle avait entamé au moment de son départ. Ces erreurs dans le temps n’étant pas des situations isolées, il est légitime de se demander si les scénaristes n’avaient pas omis de nous fournir des explications essentielles à la compréhension dans l’adaptation cinématographique.

Affiliés à ce projet, on constate étonnamment la présence d’acteurs de talent comme Willem Dafoe, Thomas Hayden Church et Ciarán Hinds, mais aucun ne vient donner ne serait-ce qu’une petite dose de crédibilité à John Carter.  Bien que la majorité des interprètes livrent une prestation honnête, le tout est amplement dilué par la superficialité et le manque de talent de Lynn Collins, sorte de princesse insipide littéralement calquée sur celle de Prince of Persia.  De plus, aucun acteur ne présente le charisme qui manque cruellement à ce film et qui aurait pu insuffler une dose de fraîcheur à l’ensemble.

On sent dans John Carter la complexité de l’œuvre littéraire du début du 20e siècle de Edgard Rice Burroughs sans parvenir à obtenir des moments cinématographiques qui pourraient vraisemblablement lui rendre justice.  Peut-être était-ce un livre inadaptable, car trop complexe, ou encore une histoire qui ne prête mal au support des images, mais toujours est-il que John Carter ne parvient pas à nous donner le divertissement qu’il annonçait.  Ses quelques séquences comiques et ses nombreux moments d’actions arriveront peut-être à satisfaire une mince portion du public, mais ce film est de toute évidence voué à l’oubli.

Je terminerai cette critique par un mot sur la technologie du 3D. Encore une fois utilisé dans un film à grand déploiement, l’effet 3D est dans ce cas-ci, comme pour la majorité des cas, inutile et sans intérêt.  Comme l’effet de profondeur s’estompe après quelques minutes à peine d’exposition, il ne reste plus de ce gadget que l’encombrement des lunettes, l’assombrissement des couleurs, et trois dollars de moins dans le porte-monnaie.  Quand le supplément à payer ne parvient pas à sauver les recettes insuffisantes des mauvais films, les studios ne pourraient-ils pas cesser de camoufler leurs médiocres productions derrière ces futilités technologiques qui n’apportent rien ?