Le problème est courant dans le mauvais documentaire : le sujet est ou pourrait être intéressant, mais l’art cinématographique est pauvre comme un long reportage télévisuel.

Vadim Jendreyko raconte tout à la fois la méthode de travail de la fameuse traductrice Svetlana Geier, sa vision de son art et sa vie actuelle et passée. La simplicité plate de l’enchaînement où l’on suit le cours de la vie de la protagoniste, où l’on donne en voix off des détails sur la vie exceptionnelle ? aporétiquement, comme beaucoup d’hommes et de femmes pendant les guerres ? des Geier sous Staline puis Hitler en Ukraine et encore sous le régime nazi lors de leur déménagement à Fibourg-en-Brisgau, où l’on assiste au travail de traduction, est entrecoupée d’entrevues classiques, face à la caméra, pour discuter traduction ou pour préciser certains aspects de la vie de Svetlana Geier. Qu’on exploite le train ou les mains comme motifs n’apporte par ailleurs rien d’emballant au film dans sa forme ou son fond.

Une chance, le fond est solide, les paroles pertinentes. Paroles, avis et réflexions qui n’ont pas à être énoncées dans une critique mais qu’il faut entendre dans le contexte du film. Comme les universitaires qui se consacrent à un corpus particulier, une traductrice qui a passé quinze ans à donner un sens en allemand à cinq originaux russes maîtrise en profondeur les œuvres sur lesquelles elle travaille. Peu de gens sinon l’auteurE ont autant de proximité avec le texte; leurs interventions publiques sont d’autant plus nécessaires qu’elles sont rares. « On ne traduit pas ça impunément » avoue Geier, en désignant les cinq monuments de Dostoïevski qui donnent au film son titre. Assurément, l’empreinte laissée est aussi vive que positive : le charme de la dame traverse heureusement le documentaire autrement banal.